Grande saison des pluies : Les habitants de la Cité de la paix de Grand Bassam fortement inquiets. Leur cri du cœur aux ministres Hien Sié, Jean-Louis Moulot et Adama Dosso
La grande saison des pluies 2026 a débuté en Côte d’Ivoire. Si cette période est particulièrement appréciée par ceux qui profitent de la pluie, notamment les agriculteurs, les habitants du quartier la Cité de la paix situé sur l’autoroute de Grand-Bassam la redoutent. C’est que, dans ce quartier de logements de haut standing, les fortes pluies sont synonymes d’anxiété, d’angoisse et de peur. En cause, l’état de la route qui y mène.
Nous avons fait le constat, le mercredi 15 avril 2026, lors d’un reportage.
Pour avoir accès à la Cité de la paix de Grand-Bassam en venant de Port-Bouët, il faut, à partir du rond-point d’Anani, prendre la voie non bitumée, parallèle à l’autoroute, sens Grand-Bassam- Abidjan. Avant l’ouverture de cette voie parallèle, les automobilistes étaient obligés de parcourir une distance d’une vingtaine de kilomètres en aller-retour, en payant deux fois le péage de l’autoroute de Grand-Bassam, pour arriver au carrefour dit Palmier, l’entrée de la Cité de la paix, pourtant à trois kilomètres du rond-point d’Anani. Quand le péage a été ouvert, toutes les entrées des quartiers d’Anani au péage ont été fermées. De sorte que même quand vous habitez à un kilomètre du rond-point d’Anani, vous êtes obligé d’emprunter l’autoroute, payer le péage une première fois à 1 000 F Cfa, aller tourner vers le Lycée d’excellence Alassane Ouattara de Grand-Bassam, revenir payer le péage une deuxième fois à 1 000 F Cfa, parcourir des kilomètres, avant d’arriver chez vous. C’était une vraie galère.
« Moi je travaille au Plateau. Après la fatigue de la journée, quand j’arrivais le soir au rond-point d’Anani, j’étais obligé de prendre l’autoroute de Grand-Bassam, parcourir des dizaines de kilomètres, payer 1 000 F Cfa en aller, comme au retour, avant de revenir au carrefour Palmier, pour avoir accès à ma résidence à la Cité de la paix. Ce n’était pas du tout facile », témoigne K. Armand, informaticien, rencontré le mercredi 15 avril 2026 à la sortie de la Cité de la paix.
Heureusement, les autorités, certainement sensibles au cri du cœur des nombreuses populations, ont ouvert une voie parallèle à l’autoroute de Grand-Bassam, dans le sens péage-Abidjan. Du coup, tous ceux qui habitent du côté gauche du rond-point d’Anani, direction Grand-Bassam, ont été soulagés. Ils ne perdaient plus en temps (parcourir une vingtaine de kilomètres en aller-retour alors qu’on est à moins de 5 kilomètres du rond-point d’Anani) et en argent (carburant et 2 000 F Cfa en aller-retour pour le péage pour les véhicules particuliers).
Seulement, cette voie non bitumée, dont l’ouverture a été fortement saluée et applaudie, devient impraticable en période de pluie.
« Quand il pleut, il y a de gros trous remplis d’eau sur cette voie non bitumée. Juste après le poste de contrôle des douaniers, après le rond-point d’Anani, tu ne peux pas t’amuser à y passer avec un véhicule, qu’il soit bas ou en hauteur. Le samedi 11 avril 2026, les jeunes ont aidé plusieurs personnes à faire sortir leur voiture de ces gros trous », raconte un menuisier travaillant vers le rond-point d’Anani.
« Pour éviter ces gros trous, des conducteurs sont obligés souvent d’emprunter la voie bitumée en sens interdit. Mais généralement, ils sont pris par les policiers et les gendarmes qui y sont », indique-t-il.
Selon divers témoignages sur place, quand vous finissez de parcourir les 3 kilomètres entre le rond-point d’Anani et le carrefour Palmier, l’entrée de la Cité de la paix, en une vingtaine de minutes en moyenne, le calvaire ne prend pas fin.
Véritable contraste !
La voie qui entre dans le quartier est parsemée de nids-de-poule, de gros trous, de flaques d’eau. La situation empire en saison pluvieuse.
C’est un véritable contraste quand on voit les immeubles et les duplex qui ont été bâtis dans la Cité de la paix.
« Mi-2025, j’ai trouvé un joli appartement de trois pièces à la Cité de la paix. Vu que l’accès au quartier est difficile, je voulais renoncer à prendre la maison. Mais quand les démarcheurs m’ont montré la résidence du ministre délégué Adama Dosso, j’ai finalement pris l’appartement. Je me suis dit, en tant que membre du gouvernement, il pouvait faire des pieds et des mains pour que le problème de la route de la Cité de la paix puisse être réglé rapidement. Mais près d’un an après, la situation n’a pas changé », informe A. Koné, enseignant.
De fait, plusieurs témoignages indiquent que le ministre délégué auprès de la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, chargé de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, Adama Dosso, y a construit une maison quand il était ambassadeur de Côte d’Ivoire en Chine.
« Le ministre Adama Dosso y vivait même après son entrée au gouvernement. C’est deux mois après qu’il est allé dans sa maison de fonction. Mais il ne manque pas à la Cité de la paix. Adama Dosso y était, le vendredi 20 mars 2026, pendant la fête de Ramadan. Il a prié avec les musulmans du quartier », précise un jeune rencontré à la Cité de la paix.
« Quand il est entré au gouvernement, l’association des propriétaires de maisons du quartier s’est rendue chez lui à la Cité de la paix pour le féliciter. En tout cas, tout le monde compte sur lui pour que le problème de notre route soit réglé rapidement, avant que les grosses pluies de cette année ne commencent véritablement », ajoute-t-il.
L’angoisse
Selon les estimations des autorités chargées de la question, cette année, à l’instar de l’an dernier, 1 500 mm de pluie sont prévus. De quoi en rajouter à l’angoisse des populations de la Cité de la paix.
Pour Asseu Béatrice, tenancière d’un restaurant à la Cité de la paix, c’est le maire de Grand-Bassam qui doit arranger cette route. « Vous voyez qu’il y a de belles constructions ici. Faites un tour dans les boutiques et autres commerces, vous verrez que la mairie de Grand-Bassam prélève des taxes. Mais pourquoi n’agit-elle pas ? Même si elle estime qu’elle n’a pas les moyens pour mettre du bitume sur la route menant à la Cité de la paix, elle peut ouvrir des caniveaux et faire un bon reprofilage », réagit-elle.
« Le maire de Grand-Bassam, Jean-Louis Moulot, est devenu depuis le vendredi 23 janvier 2026, ministre délégué auprès du ministre de l’Éducation nationale, de l’alphabétisation et de l’enseignement technique, chargé de l’Enseignement technique. S’il trouve que sa mairie ne peut pas bitumer notre route, il peut voir son collègue des Infrastructures et de l’entretien routier (Yacouba Hien Sié, Ndlr) pour le faire. Nous sommes obligés d’envoyer nos motos tous les jours au garage pour des réparations, du fait de l’état des routes », indique un jeune en quête d’emploi et qui se débrouille avec une ‘’moto-taxi’’ sur la ligne rond-point Anani- Cité de la paix.
« Nous plaidons auprès du ministre Hien Sié pour arranger notre route. Il y a deux mois environ, l’association des propriétaires de maison a levé une cotisation pour reprofiler la route. Mais avec les premières pluies de cette année, on se rend compte qu’il faut au moins un reprofilage lourd avant les grandes pluies, sinon nous sommes ‘’morts’’. Quand les routes sont inondées ici, des propriétaires de petites voitures garent pour faire leurs courses en ‘’moto-taxi’’. J’ai un tonton dont la voiture 4X4 a pris l’eau l’an dernier, l’obligeant à changer son moteur. Vraiment que l’Etat pense à nous », plaide-t-il.
Un appel lancé, comme dans un élan concerté, par les populations de la Cité de la paix de Grand-Bassam rencontrées pendant notre passage dans le quartier.
Avec les grandes pluies annoncées cette année, elles sont, pour ainsi dire, partagées entre une grosse inquiétude de voir leur route encore inondée et l’espoir d’une résolution rapide de la situation.
Par Rodrigue ADJEI, Soir Info





