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Le journaliste Venance Konan en colère: Or contre riz, comment l’orpaillage menace le rêve de 200 femmes d’Angolokaha (déclaration)

Or contre riz! Il y a quelque temps j’avais parrainé une remise de prix dans le village d’Angolokaha, près de Niakaramandougou, à l’invitation de ma chère amie Pelwoto Ouroh. Elle est la présidente du conseil d’administration de la coopérative de son village qui compte 200 femmes et 7 hommes. En 2025, cette coopérative avait conclu avec le propriétaire d’un bas-fond de 50 hectares un accord pour son exploitation pendant dix ans.

Et, avec un financement de 16 millions de francs de l’ONG européenne Care Côte d’Ivoire qui est engagée dans la lutte contre la pauvreté, ces femmes ont pu cultiver l’année dernière 6 hectares, qui leur ont permis de récolter 8 tonnes de riz et diverses céréales locales. Elles comptaient cultiver cette année 20 hectares.

Mais un jour, en allant au champ, les femmes y ont trouvé des Chinois qui avaient creusé des trous partout, à la recherche de l’or. Renseignements pris, les Chinois possédaient bien un permis d’exploitation délivré par le ministère des mines le 30 janvier 2026, et c’est la mutuelle du village qui avait donné l’autorisation aux Chinois de venir s’installer là. Sans en parler à personne

Juridiquement, si les papiers présentés par les Chinois sont vrais, ils sont en droit d’exploiter cette terre pour chercher de l’or. Les femmes d’Angolokaha ont protesté et voulu empêcher les exploitants de travailler. Mais elles ont été menacées de poursuites judiciaires par les autorités.

Beaucoup d’or sortira sans doute de cette terre d’Angolokaha. Mais en attendant, ce sont 200 femmes ivoiriennes qu’une ONG étrangère avait aidées à sortir de la précarité qui vont y retourner. Que gagnera le village d’Angolokaha de l’or qui sera extrait de ses entrailles ? Rien du tout. Sans doute que certaines personnes qui ont permis à cette société de s’installer là ont touché quelque chose. De quoi s’acheter peut-être une maison, une voiture, mais deux cents femmes et leurs familles ont perdu leur gagne-pain. Bien sûr, l’Etat a certainement perçu ou percevra quelque chose, sous forme de taxes ou d’impôts, mais cela compensera-t-il ce que ces femmes et ce village auront perdu ? Quelle est la part de ce que l’Etat aura perdu qui bénéficiera à Angolokaha ? Au fond, qui se préoccupera encore du sort de ces femmes ? On parle ces derniers temps de sécurité alimentaire. C’est-à-dire qu’il est question de faire en sorte que nous produisions suffisamment de nourriture nous-mêmes pour ne pas dépendre d’autres pays. Le riz est l’un des aliments de base de nos populations.

Des femmes étaient en train d’en produire. Mais quelque part, des personnes ont estimé que produire de l’or était plus important. De l’or qui n’apportera rien à nos populations. De l’or dont l’exploitation détruira pour très longtemps ces terres, même lorsqu’il n’y en aura plus. Et il en est ainsi dans tout notre pays. Partout nous avons laissé nos terres aux mains des orpailleurs qui sont en train de les détruire systématiquement. Nous leur avons laissé aussi nos cours d’eau. Elles sont toutes polluées aujourd’hui. Bientôt nous n’aurons plus de terres pour cultiver du riz, de l’igname, de la banane, du mil. Même plus nos chers cacaos et cafés. Et plus d’eau non plus pour pêcher et même pour boire. On fait comment pour la sécurité alimentaire ?

Ah oui ! Nos amis les Chinois nous offrirons du riz. Ils en produisent beaucoup. Ils prennent notre or, et ils nous donneront du riz. Le vendredi dernier ils nous en ont offert 2410 tonnes et nous en étions très heureux. C’est à la « Une » de plusieurs journaux.

Ce sont les termes de l’échange que nous avons accepté d’avoir avec eux. Pour l’eau et les poissons, je ne sais pas trop qui nous en donnera en échange de notre or.

Je pense à vous, femmes d’Angolokaha. J’avais tellement apprécié ce sac de riz que vous m’aviez offert avant que je ne quitte votre village. Et j’avais promis à Pelwoto, votre PCA, que désormais je n’achèterai plus que votre riz. Hélas, vous n’en produirez plus. Et je ne peux m’empêcher de verser une petite larme sur votre sort.

Lors de la dernière session du Conseil régional de l’Iffou le vendredi 3 juillet à Daoukro, la question de l’orpaillage avait été abordée. Parce que cette activité est devenue un véritable fléau dans la région et dans celle voisine du Moronou. Mais malheureusement c’est nous-mêmes qui donnons nos terres à ceux qui les détruisent. En échange de quelques miettes. C’est juste de la nègrerie. Et on n’y peut rien.

Journaliste Venance Konan

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