Livre / “Balade dans la République” : Kouamé Franck Arnaud signe une réflexion lucide et poétique sur les sociétés africaines
Abidjan – L’écrivain ivoirien Kouamé Franck Arnaud vient de publier Balade dans la République : Radiographie d’une société en quête d’elle-même, un ouvrage de 103 pages qui propose une immersion sensible et critique dans les réalités quotidiennes des sociétés africaines contemporaines.
Publié aux Éditions Les 3 Colonnes, ce livre hybride mêle narration, analyse sociale et écriture poétique pour interroger les contradictions du vivre-ensemble, sans jamais céder ni au pamphlet ni au discours idéologique.
Un regard lucide sur le quotidien africain
Dans ses mots, l’éditeur décrit une œuvre rare, portée par un regard « lucide, sans haine ni résignation ». Le livre se présente comme une promenade intellectuelle et humaine, celle d’un homme qui observe son environnement avec attention et consigne ce que beaucoup ont fini par banaliser.
Des infrastructures dégradées aux dysfonctionnements sociaux, en passant par les défis de gouvernance, l’auteur dresse un tableau sans complaisance, mais toujours habité par une conviction centrale : le changement reste possible.
Une chronique des réalités sociales
Balade dans la République explore des thématiques majeures telles que la citoyenneté, l’éducation, le leadership, la jeunesse, la gestion publique ou encore les mentalités collectives.
L’ouvrage met en lumière des réalités parfois dures mais familières : l’incivisme ordinaire, la fuite des cerveaux, la désorganisation collective ou encore le culte du paraître. Toutefois, loin de toute posture accusatrice, l’auteur choisit une approche constructive, invitant à la réflexion et à la responsabilité partagée.
Une écriture entre satire et poésie

Le style de Kouamé Franck Arnaud se distingue par une écriture à la fois simple, vivante et profondément imagée. Il décrit le quotidien avec une précision qui oscille entre ironie douce et gravité assumée, transformant des scènes ordinaires en véritables réflexions sociales.
Dans un extrait marquant, il évoque une école délabrée où « les rires des enfants éclatent comme des feux d’artifice » malgré des murs fissurés, ou encore un hôpital où les lieux eux-mêmes semblent souffrir, reflet d’un système à bout de souffle. Les routes, quant à elles, deviennent le symbole d’une modernité inachevée, marquée par les nids-de-poule et les promesses non tenues.
Un auteur engagé, entre rigueur et sensibilité
Originaire de Sakassou, en Côte d’Ivoire, Kouamé Franck Arnaud est diplômé du CELSA – Sorbonne Université en communication institutionnelle, gestion de projet et développement commercial. Professionnel du secteur privé, il nourrit parallèlement une réflexion constante sur les enjeux sociaux et la transformation des sociétés africaines.
À travers cet ouvrage, il affirme une posture d’observateur engagé, convaincu que la lucidité, la responsabilité individuelle et la conscience collective peuvent être des leviers de transformation durable.
Une œuvre pour réfléchir et débattre
Destiné à un large public à partir de 16 ans, Balade dans la République s’adresse particulièrement aux lecteurs sensibles aux questions de société, de citoyenneté et de développement. L’ouvrage se veut également un support propice aux débats en milieu scolaire, universitaire ou associatif.
Une voix à découvrir
Avec ce premier ouvrage, Kouamé Franck Arnaud s’impose comme une voix singulière, capable de conjuguer observation sociale, écriture accessible et profondeur analytique. Une invitation à marcher autrement dans la République, en observant ce que l’on ne voit plus.
Extrait du livre: Balade dans la République
“Un jour, il s’est arrêté devant une école. Les enfants jouaient dans une cour poussiéreuse; leurs rires éclataient comme des feux d’artifice. Mais derrière eux, les murs se décollaient, les fenêtres grinçaient, les pupitres portaient plus de cicatrices que de savoir. Il a souri malgré lui. Un autre jour, il entra dans un hôpital pour saluer un ami malade, mais il eut l’impression d’entrer dans un immense corps souffrant, lui-même en convalescence. Les bancs bancals semblaient souffrir de scoliose, les ventilateurs immobiles avaient rendu leur dernier souffle, et les couloirs sombres ressemblaient à des tunnels de résignation. Les patients attendaient, longtemps, trop longtemps. Et lui a noté dans son carnet: « Ici, la guérison commence par la patience ; mais l’attente rend malade. » Puis, il y a les routes. Ah, nos routes ! Elles naissent fières, lisses, prometteuses. On les inaugure avec rubans et discours. Mais, dès la première pluie, elles se couvrent de cicatrices. Les nids-depoule deviennent des habitants permanents, au point qu’on leur donne des surnoms : « Tourne à gauche après la rue où se trouve le grand trou. » Nos routes ont une biographie trop courte, une jeunesse fragile et une vieillesse prématurée.”
Rosine Kouamé Christelle





