Mali : comment le JNIM récupère l’armement russe des forces armées
Au Mali, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, s’empare lors de ses attaques d’équipements de fabrication russe livrés à l’armée malienne, avant de les retourner contre elle. Un phénomène documenté par plusieurs enquêtes indépendantes, qui nourrit une insurrection au coût croissant pour toute l’Afrique de l’Ouest.
Un butin de guerre pris lors des attaques
Le JNIM ne se contente plus de harceler : il pille. En ciblant les positions, les bases et les convois des Forces armées maliennes (FAMa) et de leurs partenaires russes de l’Africa Corps, le groupe jihadiste récupère véhicules, munitions et armement lourd.
Les exemples se multiplient. Dès août 2025, la prise de la base de Farabougou s’était soldée par la capture d’une quinzaine de véhicules, exhibés ensuite dans des vidéos de propagande. Le 25 janvier 2026, une embuscade à Diabaly a permis aux assaillants de saisir du matériel et de détruire un véhicule. En juin 2026, le groupe a de nouveau revendiqué la saisie d’équipements après l’attaque d’un convoi militaire dans la région de Kayes.
Lors des attaques très récentes du 4 et 5 juillet 2026, ce sont les assaillants eux-mêmes, qui se vantent sur le réseau social X de la capture d’une mitraillette prise aux FAMa et l’Africa Corps[1] ou même de la destruction d’un hélicoptère russe Mi -24 à Tebrichat.
Un arsenal largement issu des armées régionales
Ce recyclage n’a rien d’anecdotique. Selon une étude du Conflict Armament Research (CAR), les enquêteurs ont répertorié 726 armes saisies auprès de groupes jihadistes du Sahel central entre 2014 et 2023, lors de 131 opérations au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Environ 20 % de ces arsenaux proviennent directement des stocks des armées nationales, un chiffre jugé sous-estimé.
Dans le Liptako-Gourma, 78 % des fusils d’assaut recensés sont de fabrication russe ou chinoise. Pour les chercheurs, un « cercle vicieux » s’installe : plus les jihadistes s’emparent d’armes, plus leur capacité à attaquer augmente.
Une menace qui guette le golfe de Guinée
Le risque dépasse les frontières maliennes. L’Africa Corps escorte désormais les convois venus de Côte d’Ivoire, de Guinée et du Sénégal pour les protéger de ces attaques. Pour Abidjan, la circulation d’armes militaires le long des routes transfrontalières constitue un danger sécuritaire direct.
Comment endiguer un conflit qui finit par armer ceux qu’il prétend combattre ?
Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info
[1]Publication du compte X @AgAnchawadje, consultée le 6 juillet 2026





