SOTRA : 72 bus calcinés en moins d’un an, combien faudra-t-il encore en perdre avant que le DG rende son tablier ?
À la SOTRA, les incendies se suivent et les communiqués commencent dangereusement à se ressembler. Dans la nuit du 6 septembre 2026, le dépôt 5 de Koumassi s’est embrasé. Bilan annoncé, 55 autobus touchés, dont 40 entièrement calcinés. Aucun mort, aucun blessé, heureusement. Les secours interviennent, les constatations sont effectuées et une enquête est ouverte. Mais le scénario devient préoccupant lorsqu’il concerne une entreprise publique stratégique et des dizaines de véhicules destinés à transporter quotidiennement des milliers d’Ivoiriens.
Koumassi n’est pas un accident isolé. Le 20 octobre 2025, treize autobus brûlaient déjà au garage de Koumassi. Le 28 novembre, dix-neuf autres partaient en fumée au dépôt 9 d’Abobo. Le 30 décembre, deux bateaux-bus étaient touchés à Treichville. Puis arrive septembre 2026 avec quarante nouveaux autobus entièrement calcinés. Selon ce décompte, 72 autobus détruits en moins d’un an, sans compter les autres véhicules endommagés et les bateaux-bus. Combien faudra-t-il encore de carcasses fumantes avant que cette répétition cesse d’être traitée comme une succession de malheureux incidents ?
Après chaque sinistre, une enquête est annoncée. Mais quelles conclusions ont été tirées des précédentes ? Qu’a révélé l’incendie d’octobre ? Qu’a établi celui d’Abobo ? Quelles mesures ont été prises après Treichville ? Si les réponses existent, elles doivent être rendues publiques. Sinon, le problème devient encore plus grave. Une entreprise publique ne peut pas perdre périodiquement une partie de son outil de travail et recommencer indéfiniment le même cycle, incendie, communiqué, enquête, silence, nouvel incendie.
Il ne s’agit pas d’accuser sans preuve ni de décréter une origine criminelle. Court-circuit, batteries, défaut de maintenance, insuffisance des dispositifs de sécurité, négligence humaine ou acte volontaire, il appartient aux enquêteurs de trancher. Mais quatre sinistres majeurs en moins d’un an suffisent largement à poser une question de gouvernance. C’est précisément ici que la responsabilité du directeur général entre dans le débat. Un DG n’a évidemment pas vocation à surveiller personnellement chaque autobus, mais il dirige l’organisation chargée de protéger ce patrimoine. Après un premier incendie, on enquête. Après un deuxième, on renforce les dispositifs. Après un troisième, on audite tout le système.
La Côte d’Ivoire a besoin d’une SOTRA forte, moderne et sécurisée
Après un quatrième avec quarante autobus calcinés en une seule nuit, on ne peut plus demander au contribuable de se satisfaire d’un communiqué supplémentaire. Le DG peut-il encore rester à son poste comme si cette succession de sinistres n’engageait aucune responsabilité au sommet ? Si toutes les mesures nécessaires ont effectivement été prises, qu’elles soient publiées. Quels audits ont été réalisés ? Quelles recommandations appliquées ? Quels investissements engagés dans la prévention ? Quelles sanctions prises après les éventuelles négligences constatées ? Et surtout, pourquoi un nouveau désastre d’une telle ampleur a-t-il encore été possible ?
La SOTRA appartient au patrimoine public. Les autobus qui brûlent représentent des investissements, des capacités de transport perdues et potentiellement des difficultés supplémentaires pour les usagers. Il faut donc publier le coût exact des pertes, les indemnisations attendues des assurances et les modalités de remplacement des véhicules. Quand un patrimoine public part en fumée, la transparence ne devrait pas être facultative.
À ce stade, le départ du directeur général mérite d’être sérieusement envisagé par la tutelle. Non parce qu’il serait établi qu’il est personnellement responsable de l’origine des incendies, ce que seules les investigations peuvent déterminer, mais parce qu’un dirigeant est comptable de la capacité de son organisation à apprendre de ses crises et à empêcher leur répétition. La responsabilité d’un chef ne consiste pas seulement à revendiquer les réussites. Elle se mesure aussi lorsque les défaillances deviennent récurrentes.
La Côte d’Ivoire a besoin d’une SOTRA forte, moderne et sécurisée, pas d’une entreprise publique où les incendies deviennent périodiques tandis que les conclusions des enquêtes restent attendues. Il faut publier les résultats disponibles, lancer un audit indépendant des dépôts, déterminer les responsabilités et appliquer les mesures nécessaires. Quatre incendies majeurs en moins d’un an, c’est déjà quatre alertes. Attendre le cinquième pour tirer les conséquences serait difficilement justifiable.
Source: Lemeridien.ci





