Le Scoop

Gauthier Oulaï Klarou, SG du  MASEF-CI : « Il faut redonner à l’enseignant son manteau de leader »

À la veille de la rentrée scolaire fixée ce lundi 14 septembre, Gauthier Oulaï Klarou, Secrétaire Général National du Mouvement des Acteurs du Secteur Éducation et Formation de Côte d’Ivoire (MASEF-CI), tire la sonnette d’alarme. Dans une interview accordée à Lemeridien, le leader syndical dénonce les conditions de vie précaires des enseignants, le stress et les pressions dont ils sont victimes, et appelle le gouvernement à octroyer des primes. Il présente aussi les actions sociales de son mouvement créé en 2022.

-Présentez-vous à nos lecteurs ? 

Je suis le camarade Gauthier Oulaï Klarou, Secrétaire Général National du Mouvement des Acteurs du Secteur Éducation et Formation de Côte d’Ivoire, (MASEF-CI).

-Quand votre mouvement a-t-il été créé et quelles sont ses missions ?

Le mouvement est né en 2022 et l’agrément est sorti en 2023. Nous l’avons créé parce que nous avons constaté beaucoup de lacunes au sein du système éducatif en Côte d’Ivoire. En tant que leader syndical, j’ai vu des failles et j’ai voulu que le système éducatif ivoirien, qui est vraiment au bas de l’échelle, soit rehaussé.

Dieu merci, aujourd’hui on a un nouveau Ministre de l’Education Nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement Technique, Koffi N’Guessan qui est là et qui est en train de rehausser le système éducatif. Mais il y a encore des efforts à faire.

Les enseignants eux-mêmes ne sont pas dans des conditions optimales pour exercer. Ils ont besoin d’être à l’aise pour pouvoir enseigner et avoir une influence positive sur les enfants. Ceux qui donnent le savoir ont besoin de sécurité et de conditions de vie vraiment améliorées.

Surtout le salaire. Nous avons besoin de primes et nous n’avons pas besoin de contraintes. Les enseignants sont beaucoup stressés. On a beaucoup de chefs d’établissements qui viennent imposer leur diktat. Il faudrait qu’on laisse l’enseignant exercer avec un libre choix.

La base, c’est le primaire. Quand le primaire est raté, les dégâts sont néfastes pour la continuité. Je demande à Monsieur le Ministre et au Gouvernement de vraiment se pencher sur les conditions de vie et sociales des enseignants.

Oui, le gouvernement multiplie et crée des écoles, je le reconnais. Mais ceux qui appliquent et qui donnent le savoir doivent être dans des conditions très améliorées.

Nous sommes toujours les derniers au niveau des fonctionnaires de Côte d’Ivoire. Nous sommes lésés. Quand nous revendiquons, on regarde notre masse et on trouve que le budget est élevé. Mais individuellement, qu’est-ce que gagne l’enseignant ? Il n’a que son salaire pour survivre. Il n’a pas d’autres activités, pas de primes.

Nous gardons les enfants, nous les enseignons. Pendant nos heures d’exercice, lorsqu’un enfant est malade, nous sommes automatiquement responsables. Il faut des primes pour cela.

Il faut que l’État redonne le blouson de l’enseignant respecté d’autrefois. Aujourd’hui, des parents d’élèves sortent de nulle part, appellent le numéro vert et on sanctionne des enseignants. Des parents arrivent en classe, sur le lieu de travail des enseignants, et les chiffonnent. Ce n’est pas normal. Il faut redonner à l’enseignant son manteau de leader, de premier responsable.

-Depuis la création du mouvement, quelles sont les actions que vous avez menées ?

Le bien-être des enseignants est ma priorité. Ce ne sont pas seulement les grèves. Certes, nous revendiquons pour la prime et les conditions de vie, mais nous avons aussi des projets sociaux qui permettent aux enseignants d’être autonomes financièrement.

Nous voulons leur offrir des facilités comme l’accès aux déplacements en leur facilitant l’obtention de motos et de véhicules, la construction de logements, en facilitant l’accès aux terrains et aux matériaux de construction. Au lieu d’aller prendre un prêt bancaire compliqué, nous fournissons directement les matériaux et il rembourse à son rythme, l’accès aux soins et à l’assurance, face aux décès et maladies. Quand un enseignant a ce genre de problème, son salaire est déjà fini et il s’endette et des facilités de prêts avec des partenaires microfinances, sans conditions vraiment compliquées.

-La rentrée scolaire 2026-2027 a débuté ce lundi 14 septembre. Qu’envisagez-vous en tant que SG?

Je voudrais déjà dire merci à Monsieur le Ministre qui est vraiment à l’œuvre pour avoir un système éducatif plus performant.

À mon niveau, je crois que les enseignants ont besoin d’abord d’être en sécurité et d’avoir l’esprit déchargé. L’enseignant est aussi parent d’élève. Il doit avoir des moyens, des prêts scolaires, pour pouvoir scolariser ses enfants. À partir du moment où il n’a plus ce souci, il sera apte à fournir le savoir.

On ne peut pas bien démarrer l’année scolaire si l’enseignant n’a pas pu scolariser son propre enfant. Ma structure, le MASEF-CI, facilite justement l’obtention de prêts scolaires aux enseignants.

-Combien de membres compte votre mouvement ?

C’est un “bébé”, mais ce “bébé” a déjà 2000 membres. Et nous avons des adhérents sur tout le territoire national. Au départ, c’est le primaire, la base, mais nous incluons aussi le secondaire et l’administration.

-Votre dernier message ?

Je voudrais interpeller l’État de Côte d’Ivoire à vraiment se pencher sur la situation des enseignants, car ce sont eux la base. Quand la base a des difficultés, tout le système national ne peut pas avancer.

Il faut miser sur l’éducation, surtout sur le personnel. Plus le personnel est à l’aise, plus le système avance et plus le rendement est bon. Je demande donc au Gouvernement de faciliter la tâche en octroyant des primes aux enseignants.

Patrick Bouyé

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