Interview exclusive / FESTIGO 2027, DOH Bi Tah Augustin: « Nous voulons faire de Gohitafla la capitale culturelle de la Côte d’Ivoire »
Du 21 au 23 août 2026, Gohitafla, ville située dans la région de la Marahoué en Côte d’Ivoire, a accueilli la première édition du Festival des Arts et de la Culture de Gohitafla (FESTIGO). Portée par une volonté de valoriser le patrimoine culturel Gouro, de promouvoir les talents de la région de la Marahoué et de contribuer au développement de l’industrie culturelle ivoirienne, cette initiative a mobilisé festivaliers, acteurs culturels, institutions et partenaires privés. Plus de 8 000 festivaliers ont répondu à l’appel pour la première édition de ce grand rendez-vous culturel. Pour annoncer la deuxième édition, prévue du 26 au 29 août 2027, nous avons rencontré DOH Bi Tah Augustin, initiateur et Commissaire Général du FESTIGO, pour revenir sur cette première expérience, les enseignements tirés et les ambitions de l’édition 2027.

Pour commencer, comment est née l’idée du FESTIGO et quelle vision portez-vous concrètement à travers ce festival ?
Le FESTIGO est né d’une conviction profonde. La culture Gouro constitue une richesse inestimable pour la Côte d’Ivoire, mais elle doit être davantage valorisée, transmise et mise au service du développement de notre pays.
Gohitafla, le berceau du mythique Zaouli, possède un patrimoine culturel très varié avec une soixantaine de masques, des traditions vivantes, des danses, des savoir-faire, une gastronomie et une histoire qui méritent d’être mieux connus au-delà de nos frontières communales. Nous avons également une jeunesse talentueuse, des artisans doués qui ont besoin d’espaces d’expression pour s’ouvrir au monde, de formation et d’opportunités.
C’est de cette réflexion qu’est née l’idée du Festival des Arts et de la Culture de Gohitafla. Nous ne voulions pas simplement organiser une succession de spectacles. Nous voulions construire un rendez-vous permanent qui rassemble, valorise notre identité culturelle, encourage les initiatives de celles et ceux qui font vivre notre localité et contribue à l’attractivité de Gohitafla. Nous voulons faire du FESTIGO une plateforme culturelle, sociale et économique, capable de réunir les populations autour de ce qu’elles ont de plus précieux : leur identité, leur histoire et leur potentiel de développement.

La première édition s’est tenue du 21 au 23 août 2026. Quel bilan en tirez-vous ?
Nous tirons un bilan encourageant de cette première édition. Organiser un festival de cette envergure pour la première fois à Gohitafla représentait un véritable défi, tant sur le plan organisationnel que logistique, financier et humain.
Nous avons néanmoins réussi à réunir les populations autour de la culture, avec une programmation comprenant des prestations de plus de 13 masques traditionnels, des animations, une présentation culinaire, la présentation des pagnes Gouro et des échanges .
Plus de 8 000 festivaliers ont participé à cette première édition. C’est un chiffre qui témoigne de l’intérêt suscité par l’initiative et de la capacité de Gohitafla à accueillir un événement culturel fédérateur.
Mais au-delà de la fréquentation, je retiens surtout la mobilisation de tout le monde qui a contribué à la réalisation du projet.
Bien entendu, nous ne prétendons pas avoir tout réussi. Une première édition est aussi une occasion d’apprendre. Nous avons déjà identifié des insuffisances et des axes d’amélioration, notamment en matière d’organisation, de mobilisation des ressources, de communication et de structuration des partenariats. Nous abordons donc la deuxième édition avec de l’expérience et davantage de lucidité
Quels ont été les temps forts de cette première édition ?
Plusieurs activités ont marqué cette première édition. Je pense notamment aux prestations des masques traditionnels, qui ont permis de mettre en lumière toute la diversité de notre patrimoine culturel. Les danses, les rythmes, les costumes et les expressions traditionnelles ont rappelé que la culture Gouro demeure un élément essentiel de notre identité nationale.
La présentation des pagnes authentiques Gouro par l’association des tisserands de Gohitafla a également été un moment fort du FESTIGO 2026. Nous avons aussi voulu donner une dimension économique et prospective au festival à travers des échanges sur l’agriculture et résiliente à Gohitafla à travers un panel animé par madame Armelle Yougoné, Directrice de cabinet de la présidente du Senat de Côte d’Ivoire.
La présentation culinaire, la promotion des artistes locaux, l’attribution de plusieurs prix honorifiques ont permis d’élargir le public du festival.
Pour moi, la véritable réussite réside là, dans cet équilibre entre célébration culturelle, divertissement, réflexion et ouverture sur les perspectives de développement de notre localité.

Un événement de cette ampleur nécessite des soutiens. Quels partenaires souhaitez-vous remercier pour cette première édition ?
Effectivement, nous avons été beaucoup soutenus. Je voudrais exprimer notre profonde gratitude à l’ensemble des institutions, entreprises et organisations qui ont accompagné le FESTIGO 2026.
Nous tenons particulièrement à mettre en lumière monsieur le Préfet de département de Gohitafla (Président du FESTIGO), le Ministère de la Culture et de la Francophonie avec à sa tête madame Françoise Remarck, pour l’importance que représente l’accompagnement institutionnel du secteur culturel, ainsi que Côte d’Ivoire Tourisme, dont le domaine d’intervention rejoint notre volonté de faire découvrir les richesses culturelles et touristiques de Gohitafla.
Nous adressons également nos remerciements à SOLIBRA, à l’UNESCO, à NSIA Vie Assurances, à Abidjan Planet, à monsieur le ministre Zoro Bi Ballo Epiphane à travers la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance et à son épouse madame Yougoné Armelle, à la Mairie de Gohitafla, à l’ex Préfet d’Abidjan, monsieur Toh Bi Irié Vincent, à Eagle Tech, à Boolah, à Monde Technologique, à Fajardo Group, à Lihifla Resort Kononfla, à Trophill, à Dissoa Cajou, à Volontaire pour le Tourisme Durable, à l’ONG CINN, Rocky Beauté, l’association des communicateurs de Gohitafla, l’association “Gbonhi Je Suis Gohitafla”, l’association MFG, au Ministère du Transport à travers sa direction départementale, et à tous nos partenaires médias. Je voudrais avoir des mots de remerciements particuliers pour toute la jeunesse de Gohitafla pour sa mobilisation exceptionnelle. Je remercie également tous nos cadres et élus qui nous ont énormément soutenus financièrement et moralement. Je n’oublie pas la diaspora qui n’est pas restée en marge de cette grande initiative. Nous avons reçu plusieurs festivaliers venus de la France, de la Chine, de Dubai.
Ces partenaires ont fortement contribué à donner de la visibilité à une initiative portée depuis notre localité et tournée vers l’intérêt collectif des ivoiriens.
Je tiens aussi à saluer les autorités administratives et coutumières, les forces de sécurité, les artistes, les associations, les ambassadeurs FESTIGO, les opérateurs économiques de Gohitafla et toutes les bonnes volontés qui ont participé à la réussite de cette aventure culturelle et touristique. Je voudrais particulièrement reconnaître l’accompagnement des autorités locales dans la préparation de l’événement, ainsi que l’engagement de toutes les personnes qui ont accepté de croire en ce projet.
Le FESTIGO n’est pas l’œuvre d’un seul individu. Il est le résultat d’une mobilisation collective. À tous nos partenaires, je veux dire ceci : votre confiance a contribué à poser les premières pierres d’un projet qui a vocation à grandir. Nous espérons pouvoir compter à nouveau sur vous en 2027, avec de bonnes perspectives de collaboration.

Au-delà des festivités, comment le FESTIGO entend-il contribuer concrètement au développement de Gohitafla ?
C’est une question essentielle! Nous ne voulons pas que le FESTIGO soit perçu uniquement comme un grand événement festif. Nous considérons la culture comme un catalyseur de développement. Lorsqu’un festival attire des visiteurs, il crée de toute évidence des opportunités pour les commerçants, les restaurateurs, les transporteurs, les artisans, les hébergeurs et les autres acteurs économiques locaux. Il contribue aussi à la promotion des artistes, à la valorisation des produits du terroir et à la découverte du touristique local.
C’est pourquoi nous travaillons à donner au FESTIGO une dimension plus ambitieuse. Nous voulons que les populations de notre région puissent en tirer des bénéfices à tous les niveaux.
Le circuit touristique, par exemple, permet de mettre en lumière des lieux et des histoires qui méritent d’être connus. Les activités liées à l’agriculture et à l’élevage ouvrent des perspectives de réflexion sur les secteurs productifs de chez nous. Sans oublier que la promotion des savoir-faire traditionnels contribue, quant à elle, à préserver une mémoire collective qui pourrait autrement s’affaiblir avec le temps.
Nous souhaitons également développer des actions sociales en faveur des enfants, des jeunes, des femmes rurales et des personnes du troisième âge.
Nous voulons faire du FESTIGO un rendez-vous culturel majeur qui contribue à construire l’image positive et l’attractivité de Gohitafla, notamment à travers la création d’un musée dédié aux arts et à la culture Gouro.
À moyen terme, nous envisageons également la construction d’un centre culturel et touristique qui abritera le siège du FESTIGO. C’est d’ailleurs le sens de notre plaidoyer auprès de la mairie de Gohitafla lors de la cérémonie de clôture du FESTIGO 2026 pour l’acquisition d’un terrain de deux hectares, destiné à accueillir ce projet important, que nous souhaitons baptiser « Centre culturel & touristique FESTIGO ».

Quelles sont les grandes innovations de la deuxième édition, prévue du 26 au 29 août 2027 ?
La deuxième édition s’inscrit dans une logique de consolidation et d’innovation. Nous avons retenu la période du 27 au 29 août 2027 pour les trois journées principales du festival, avec une programmation enrichie. Pour l’édition 2, le programme prévoit une journée spéciale FESTIGO OFF, le jeudi 26 août. C’est une nouveauté.
Cette édition accordera une place importante à la culture, à la jeunesse et aux actions sociales.
Nous aurons notamment le FESTIGO Academy, consacré à la formation et à la sensibilisation des jeunes, avec une ouverture sur les enjeux de l’agriculture et de l’élevage. Nous voulons créer un cadre où la jeunesse de la Marahoué ne vient pas seulement assister aux activités, mais peut aussi apprendre et découvrir des possibilités d’avenir.
Nous poursuivrons la valorisation du patrimoine Gouro à travers les prestations de 15 masques, la présentation des pagnes traditionnels, la gastronomie et les témoignages sur les origines du Zaouli avec le seul rescapé du groupe fondateur de cette danse mythique.
Le programme prévoit également le FESTIGO Comedy Club, FESTIGO Talents, le sport, le marathon, le concours Miss FESTIGO, le circuit touristique et des activités dédiées aux femmes.
Nous voulons surtout donner davantage de place à la dimension sociale du festival. Parmi les actions prévues figurent la remise de kits scolaires aux enfants des membres de groupes de danse, des dons aux femmes rurales et une activité spécifiquement consacrée aux personnes du troisième âge.
Pour la deuxième édition, nous accueillerons trois convois d’Abidjan, San Pedro et Duekoué au lieu de un l’an dernier. Pour l’édition 2027, notre choix s’est porté sur le peuple Dan comme peuple invité. De plus, la commune voisine de Zuenoula sera la commune invitée du FESTIGO 2027.
Il s’agit d’une ambition de progression. Nous voulons faire du FESTIGO un événement plus structuré, plus utile à la communauté et plus attractif pour tous nos partenaires.

Vous annoncez une Nuit du Conte dédiée aux personnes âgées. Pourquoi ce choix ?
Nous pensons que les personnes âgées occupent une place fondamentale dans la préservation de notre identité culturelle. Elles sont les dépositaires d’une grande partie de notre mémoire collective. Elles connaissent les récits, les proverbes, les traditions, les valeurs et les histoires qui ont façonné le peuple Gouro. Pourtant, ces personnes ne bénéficient pas toujours d’espaces suffisamment valorisants dans les grands événements publics.
La Nuit du Conte, programmée dans le cadre du FESTIGO OFF, est une manière pour nous de leur rendre hommage et de favoriser la transmission entre les générations.
Nous souhaitons créer un moment où les anciens pourront se retrouver, écouter les conteurs, partager leurs souvenirs et transmettre aux plus jeunes que nous sommes une partie de notre héritage .
Mais nous voulons aller au-delà de la simple animation. Ce volet doit contribuer à lutter contre l’isolement social des personnes âgées et à rappeler aux jeunes que le développement ne doit jamais se faire au détriment de la mémoire et de la dignité de nos aînés. Nous souhaitons donc associer à cette initiative les structures et institutions qui œuvrent en faveur des retraités et des personnes du troisième âge, notamment le FIDRA, afin d’explorer les possibilités d’un accompagnement adapté. Pour nous, préserver une culture, c’est aussi prendre soin de celles et ceux qui la portent.
La deuxième édition prévoit également des actions en faveur des enfants et des femmes rurales. Quelle est votre motivation ?
Nous voulons que le FESTIGO soit un événement qui laisse une empreinte positive dans la vie de toute la population.
En plus du FESTIGO Kids qui est un espace de jeux aménagé pour les enfants, nous voulons contribuer à la sensibilisation sur l’importance de l’état civil et à l’accès des enfants à leurs droits. Cette action devra naturellement être conduite en collaboration avec les services compétents.
Concernant les femmes rurales, nous souhaitons leur accorder une place plus visible dans la programmation et reconnaître leur énorme contribution à l’économie familiale, à la production agricole et à la vie des communautés.
Les dons prévus dans le programme constituent une première démarche. Nous voulons également faire de la question des femmes un sujet de réflexion, de valorisation et de mobilisation des partenaires. Avec ces différentes initiatives, nous cherchons à établir un lien direct entre culture et responsabilité sociale. Un festival peut faire danser, divertir et rassembler, mais il peut aussi contribuer à sensibiliser, à soutenir des initiatives et à faire émerger des solidarités. C’est cette dimension que nous souhaitons renforcer au fil des éditions du FESTIGO.

Les ambitions augmentent, mais l’organisation d’un tel festival représente un coût important. Comment comptez-vous mobiliser les ressources nécessaires ?
C’est effectivement l’un de nos principaux défis. Un festival de cette nature nécessite des moyens humains, logistiques, techniques, artistiques et financiers importants. Notre stratégie pour 2027 consiste à renforcer la mobilisation des partenaires institutionnels, des entreprises privées, des fondations, des organismes de coopération et des acteurs économiques locaux. Nous voulons passer d’une logique de soutien ponctuel à une approche davantage structurée, dans laquelle chaque partenaire peut identifier clairement son intérêt, la contribution attendue et les résultats associés à son engagement.
Nous travaillons donc à mieux valoriser les opportunités de partenariat autour des différentes activités du programme : formation des jeunes, sport, culture, tourisme, actions sociales, gastronomie et promotion des talents. Une entreprise peut, par exemple, accompagner une activité spécifique, soutenir un volet social ou contribuer à la logistique et à la communication du festival. Les modalités seront adaptées à ses objectifs et aux besoins de l’organisation. Nous voulons aussi développer des sources de revenus complémentaires, notamment à travers les espaces d’exposition, les stands commerciaux, la vente des gadgets et les collaborations avec les opérateurs économiques, tout en préservant l’accessibilité des activités destinées au grand public.
Cette démarche consiste à construire des partenariats gagnant-gagnant. Le FESTIGO doit offrir aux partenaires une visibilité pertinente, des possibilités de mobilisation de leurs publics cible. Nous sommes conscients que la pérennité du festival dépendra de notre capacité à diversifier ses ressources
Quel appel lancez-vous aux entreprises, aux institutions et aux personnes de bonne volonté qui souhaitent accompagner le FESTIGO 2027 ?
Je voudrais leur dire que le FESTIGO est une initiative qui mérite d’être accompagnée parce qu’elle porte une ambition qui dépasse les quatre jours de festivités. En soutenant le FESTIGO, un partenaire contribue à la préservation du patrimoine culturel, à la promotion des talents locaux, à l’épanouissement de la jeunesse, à la valorisation touristique de Gohitafla qui a donné naissance au Zaouli (patrimoine immatériel de l’UNESCO depuis 2017) et à la réalisation d’importantes actions sociales.
Nous invitons les entreprises à considérer le FESTIGO comme une opportunité de partenariat et d’engagement en faveur du développement local. Nous invitons les institutions à poursuivre leur accompagnement des initiatives culturelles qui participent à la transmission des traditions et à la cohésion sociale.
Nous lançons également un appel aux médias, aux artistes, aux associations, à la diaspora et à toutes les personnes attachées à la culture, et à Gohitafla en particulier, pour qu’elles prennent part à cette deuxième édition. Nous sommes ouverts aux propositions, aux collaborations et aux initiatives qui permettront d’améliorer le contenu du festival et d’accroître son impact.
Pour nous, le tout n’est pas de faire plus grand. Nous voulons faire mieux, construire un événement plus solide et inscrire le FESTIGO dans la durée.

Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux populations de Gohitafla ?
Je voudrais d’abord remercier toutes les populations de Gohitafla, des villages environnants et de la diaspora qui ont contribué, de près ou de loin, à la réussite de la première édition.
Sachez que le FESTIGO est né de notre attachement à notre culture et de notre volonté de voir notre localité davantage valorisée. Il ne pourra grandir que si chacun se sent concerné par son avenir.
J’invite donc tous les jeunes à s’approprier cette initiative, les anciens à continuer de nous soutenir et à transmettre leurs connaissances, les femmes à prendre toute leur place dans les activités et les opérateurs économiques à voir dans le festival une occasion de contribuer au dynamisme de notre localité.
J’en appelle également à la solidarité, au respect mutuel et à l’union autour de ce qui nous rassemble. Notre patrimoine culturel constitue un bien commun qui mérite d’être préservé au-delà de nos différences.
Rendez-vous du 26 au 29 août 2027 à Gohitafla, pour une deuxième édition que nous voulons plus riche, plus inclusive et porteuse de nouvelles perspectives.
Je vous remercie.





