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Assez des excuses ! Le football africain ne sera jamais respecté tant qu’il applaudira ses propres échecs

Ils ne nous méprisent pas. Ils nous ont compris. Rudi Garcia, Ståle Solbakken, Thierry Henry. Trois hommes. Trois discours.

Une même idée : les sélections africaines regorgent de talent mais craquent lorsque les matchs basculent. La question n’est plus de savoir si leurs propos dérangent. La vraie question est de savoir pourquoi ils peuvent encore les tenir sans être démentis par les faits. Ils ne nous méprisent pas, ils nous ont étudiés, savent comment nous jouons, comment nous réagissons. Ils savent surtout qu’au moment où un grand match exige du sang-froid, de la discipline et une maîtrise absolue, nous sommes encore capables de nous saborder.

Voilà pourquoi Rudi Garcia ose parler de « ces équipes-là ».

Voilà pourquoi Ståle Solbakken annonce avant même le coup d’envoi que la Côte d’Ivoire finira par perdre son organisation tactique. Et pourquoi Thierry Henry s’étonne qu’un joueur capable de transformer un match comme Amad Diallo reste si longtemps sur le banc. Trois regards, trois analyses, trois diagnostics auxquels ont peut ajouter le pronostic de la légende Didier Drogba. Parce qu’il n’a pas désigné la Côte d’Ivoire comme favorite pour remporter le trophée mondial, certains lui prêtent une forme de trahison. Comme si l’amour de son pays se mesurait désormais à l’aune d’un pronostic. Comme si le patriotisme exigeait de renoncer à toute lucidité.

Et presque personne, chez nous, n’a le courage de regarder la maladie en face. Nous préférons chercher le racisme, dénoncer les clichés, accuser les médias européens. Mais la question qui dérange est beaucoup plus simple. Pourquoi ces clichés survivent-ils encore ? Parce que nous les combattons avec des discours. Eux les combattent avec des trophées.

Depuis quinze ans, l’Afrique exporte des footballeurs extraordinaires. Nos joueurs brillent dans les meilleurs clubs du monde. Ils affrontent chaque semaine les plus grandes stars de la planète, il gagnent des championnats. Ils remportent des coupes européennes. Puis ils retrouvent la sélection. Et soudain, l’assurance disparaît. Le contrôle disparaît. La lucidité disparaît. Comme si le maillot national devenait plus lourd que celui de leurs clubs. Comme si certains oubliaient qu’ils ne sont pas invités à la table des grandes nations, mais qu’ils ont les qualités pour y siéger.

Le plus dramatique n’est pourtant pas la défaite. Le plus dramatique est notre rapport à la défaite. Nous avons inventé une spécialité : transformer l’échec en motif de satisfaction. « Nous n’avons pas démérité. »

Cette phrase est devenue le poison du football africain. On ne démérite pas en quittant une Coupe du monde dès les premiers tours. On échoue. Et un échec doit être appelé par son nom.

Le Japon ne célèbre pas ses éliminations. La Croatie ne célèbre pas ses éliminations. L’Argentine ne célèbre pas ses éliminations. Pourquoi l’Afrique devrait-elle applaudir les siennes ? Le haut niveau ne récompense pas les intentions. Il récompense les équipes capables de fermer un match, de casser le rythme adverse, de souffrir intelligemment et de frapper au moment juste. Le Maroc l’a démontré en 2022. Pas avec davantage de talent. Avec davantage de maîtrise.

Le football est cruel. Il ne respecte qu’une seule chose : la compétence. À force de chercher des excuses, nous avons fini par oublier cette évidence. Les mots de Rudi Garcia ne sont pas le problème. Le pronostic de Didier Drogba

Les analyses de Ståle Solbakken ne sont pas le problème, la critique de Thierry Henry ne sont pas le problème. Le problème, c’est que nos résultats leur donnent encore des arguments. Le jour où une sélection africaine mènera un grand match sans jamais en perdre le contrôle, où elle imposera sa loi jusqu’au coup de sifflet final, où elle refusera de se satisfaire d’une élimination « encourageante », en étant heureuse de s’être arrêtée en seizième de finale, le débat changera.

Ce jour-là, les clichés mourront. Non parce que l’Europe sera devenue plus généreuse. Mais parce que le football est le seul tribunal où le verdict est inscrit sur un tableau d’affichage. Et ce tribunal-là n’accepte ni excuses, ni indignation. Seulement des victoires. Pas des complexes d’infériorité.

ALEX KIPRE

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