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CEI : le vrai problème n’est pas le lien avec l’état, mais le lien avec le pouvoir (par Delph Bah.)

« Il est impossible d’avoir une CEI qui n’a aucun lien avec le gouvernement. Cela n’existe nulle part dans le monde », affirme Yacouba Doumbia.

Présentée ainsi, cette déclaration paraît logique. Mais en réalité, elle mélange volontairement deux notions totalement différentes : le fonctionnement administratif d’un État et l’indépendance politique d’un organe électoral.

Et c’est précisément dans cette confusion que se cache le danger.

Dans tous les pays du monde, une commission électorale travaille avec les institutions de l’État. Les élections nécessitent des moyens humains, financiers, sécuritaires et logistiques que seul l’État peut mobiliser. Personne ne conteste cette évidence.

Mais le débat démocratique n’a jamais porté sur l’existence d’un lien administratif avec l’État.

Le véritable débat porte sur une question beaucoup plus profonde :

L’organe chargé d’organiser les élections est-il suffisamment indépendant pour empêcher le pouvoir en place d’exercer une influence politique sur le processus électoral ?

Voilà le cœur du problème.

Car une CEI réellement crédible ne se définit pas par l’absence totale de relation avec l’administration publique. Elle se définit par sa capacité à garantir :

  • l’équilibre entre les acteurs politiques ;
  • la neutralité dans les décisions ;
  • la transparence du processus électoral ;
  • l’égalité de traitement entre pouvoir et opposition ;
  • et surtout la confiance des citoyens.

Lorsqu’un pouvoir politique commence à expliquer à la population qu’il est “normal” qu’une commission électorale soit liée au gouvernement, sans prendre le soin de distinguer clairement assistance institutionnelle et influence politique, il ouvre lui-même la porte à la suspicion.

Or, dans une démocratie, la confiance est capitale.

Même l’élection la mieux organisée techniquement peut devenir source de crise si une partie importante du peuple considère que l’arbitre électoral n’est pas neutre.

C’est d’ailleurs pour cette raison que les grandes démocraties modernes passent leur temps à renforcer les mécanismes d’indépendance des institutions électorales : équilibre dans la composition, surveillance des partis, contrôle judiciaire, transparence des résultats, observation internationale, publication des procédures, et limitation de l’influence du pouvoir exécutif.

 Parce qu’elles savent qu’en matière électorale, la neutralité ne doit pas seulement exister : elle doit être visible, crédible et incontestable.

Dans nos États africains marqués par des crises postélectorales répétées, ce débat devient encore plus sensible. Les populations ne demandent pas une CEI “sans État”. Elles demandent une CEI qui ne soit pas perçue comme le prolongement politique du régime en place.

Et cette nuance est fondamentale.

Car lorsqu’un arbitre semble trop proche d’une équipe, le match perd immédiatement sa crédibilité, même avant le coup d’envoi.

La démocratie ne repose pas uniquement sur des textes ou des institutions. Elle repose avant tout sur la confiance collective dans l’équité des règles du jeu.

Voilà pourquoi banaliser le débat sur l’indépendance de la CEI est une erreur politique grave.

Une démocratie solide ne craint jamais une institution électorale forte et indépendante.

Au contraire, elle en a besoin pour survivre.

Delph Bah.

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