Côte d’Ivoire- Diégonéfla: Trois à quatre écoliers par table-banc à l’EPP dégradée de Zaddi (Reportage)
Un reportage de Dogad Dogoui (Agence Ivoirienne de Presse) – Ouverte en 1958, l’école primaire de Zaddi s’est vu adjoindre un second bâtiment à partir de 1965. Aujourd’hui, composé de 12 classes, il constitue la seule école primaire de ce gros village de plus de 7000 âmes, à une vingtaine de km de Diégonéfla, dans le département d’Oumé. Malheureusement, avec des infrastructures dégradées, d’une rare vétusté et un déficit de table-banc malgré les bons résultats scolaires, les enseignants sont contraints de faire asseoir trois à quatre écoliers par table-banc.
« C’est la réalité, nos classes sont surchargées, dans huit des 12 classes, obligeant les enfants à s’attrouper », regrette l’un des directeurs de EPP Zaddi, Boga Sayé Jean Baptiste, en poste depuis deux ans.
A première vue, depuis le terrain de football du village situé de l’autre côté de la rue, l’on pourrait dire que l’école primaire de 12 classes à fière allure. Plus on approche, ses mûrs fissurés et écaillés, son plancher obsolète, ses vieilles portes aux serrures défectueuses, ses plafonds inexistants, et/ou en lambeaux, et l’absence totale de bureaux et d’armoires pour instituteurs dans toutes les classes, vous montre la réalité de cet établissement plus que quinquagénaire. L’un des tout premiers ouverts dans les villages Gban (appellation connue Gagou) du département d’Oumé.
Poussez la porte d’une des classes, et vous serez ahuris. Les enfants sont assis à trois, parfois quatre par table-banc. Comment cela possible ? La question, nous nous la posons intérieurement. « En plus, c’est au CM2 !», lâche le photographe sans nous en rendre compte. Si « Un bonjour monsieur », des enfants levés apporte un peu de gaieté, c’est au moment de se rassoir que nous vivons les difficultés dans ces classes. Une « guerre froide » entre écoliers fait rage. Chacun veut être en bonne posture.
« Pousse un peu là-bas, y a quoi? Je suis coincée », lâche une petite fille frêle. « C’est l’une des meilleures de la classe », fait observer Il explique d’une voix triste qu’il s’agit d’une ancienne construction, où le plancher est fortement dégradé, quasi inexistant, « comme vous pouvez le constater ». L’homme essaie de circuler entre les rangers pour présenter la salle de classe. Mais, c’est une véritable corvée. Chaque table-banc sur laquelle il prend appuie, manque de s’écrouler, tant les bancs sont chancelants.
Au CP2, la première classe visitée, filles et garçons, ardoises en mains, ont du mal à permettre à la maîtresse de lire la réponse écrite. “A plusieurs par table-banc, c’est visiblement difficile”, note-t-elle.
« Les relations parents-enseignants et enseignants-élèves, ça va, sauf que les salles de classes sont vraiment surchargées », poursuit le directeur Boga Sayé. Non seulement, il y a un déficit de tables-bancs, mais en plus, il déplore de ne pas pouvoir recruter ces dizaines d’enfants qui devraient être au CP1. « Pour ce village, il faut une nouvelle école primaire », plaide M. Boga.
Comment travaille les enseignants

Pour les enseignants, les conditions de travail sont difficiles. « Nous faisons avec les moyens de bord », relève le directeur de EPP Zaddi 2, Irié-Bi-Irié Blaise. Il note des difficultés pour que les 360 apprenants de son école, contre 281 écoliers dont 133 filles pour Zaddi 1, puissent travailler aisément.
Même le tableau est dégradé, et par endroit, c’est avec beaucoup de difficultés que les enfants arrivent à déchiffrer ce qui est écrit par l’instituteur. Quand vous promenez votre regard, aucune trace d’armoire dans les classes, ni de bureaux des maîtres. « Chacun se débrouille comme il peut », note une institutrice. Pis, il n’y a pas d’électricité dans les salles de classe. « Quand le ciel est couvert, il fait sombre dans les classes et je ne peux plus voir dans mon cahier», déclare Gnaga Gnaga Yves Trésor, 11 ans, écoliers en classe de CM1. Apparemment, un tableau électrique existe, sauf que les câbles devant alimenter les classes sont hors services.
Face à ce tableau sombre dans le cadre vie, paradoxalement, les résultats scolaires sont bons. « Et même très bon et cela fait plaisir », assure le directeur Irié. Pour l’année scolaire 2024-2025, sur un ensemble de 108 candidats présentés par les deux classes du CM2, 106 ont été déclarés admis au Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE), soit 98%. Malgré tout, deux faits inquiètent les parents d’élèves.
Une réhabilitation totale et entière s’impose
« Une réhabilitation totale et entière s’impose et nous plaidons dans ce sens », lâche le président du Coges, Diabaté Mamadou. Il fonde son plaidoyer sur la dégradation du bâtiment, des plafonds, des tableaux. Les tables-bancs déjà chancelantes sont en plus insuffisantes. « On veut faire des efforts pour que l’école de Zaddi soit meilleure, mais la subvention est faible et les caisses sont vides », a fait M. Diabaté.
Pour la trésorière du Conseil de gestion (COGES), Mme Yao Alida, la dégradation continue des bâtiments, et la réhabilitation du logement d’une des institutrices, « plombent » les caisses déjà vides. « Nous avons déjà perdu une partie du centre d’examen à cause de l’état de l’école, nous a-t-on dit », rapporte-t-elle.
Yao Alida rappelle que Zaddi a été un centre d’examen du CEPE, alors que de nombreux villages voisins n’avaient pas encore d’école primaire. Elle lance donc un SOS pour cet établissement qui a formé de nombreux cadres Gban et allogènes, des autres villages.
L’autre fait déplorable est l’absence de latrines. On devrait plutôt dire, « manque de latrines fonctionnelles ». Déjà que l’école est dépourvue d’adduction d’eau, le problème d’hygiène se pose avec acuité.
Plus de 250 filles de six à 13 ans sont sans toilettes

Pour l’éducation nationale, les écoliers et singulièrement les filles et les toilettes forment un duo de propreté, dit-on. Malheureusement, ce binôme est handicapé à l’EPP Zaddi. Faute de latrines dans l’établissement, plus de 250 élèves filles de six à 13 ans de cette école, sont ainsi livrées à elles-mêmes.
Diallo Karidjatou, 11 ans, élève en classe de CM2, révèle que pour déféquer, elle part en brousse, même si elle avoue avoir une peur bleue des serpents. C’est aussi le cas de son collègue Kacou Kouassi Jaurès, 10 ans en classe de CM1, qui lance un appel pour ouvrir des toilettes. « Je demande la permission au maître, et je vais dans la brousse derrière l’école », confie le petit Jaurès, un sourire en coin.
Mais pour le directeur Irié-Bi-Irié, la véritable difficulté, c’est l’anxiété à laquelle lui et ses collègues doivent faire face, et qui concerne la gestion des menstrues des filles. « C’est un problème complexe pour nous », dit-il. Quelques filles, de 12 et 13 ans, en classe de CM2 sont concernées. Parfois, elles ne viennent pas en classe, où quand elles sont présentes, la gestion de ce moment n’est pas toujours aisée, reconnaissent les enseignants. D’où l’urgence de latrines, vu que le village vient de bénéficier d’un système d’Hydraulique villageoise améliorée (HVA), accompagnée de six bornes fontaines.
Source: AIP





