Communiqué de presse

Déguerpissements à Abidjan: vive passe d’armes entre la mairie de Port-Bouët et le District d’Abidjan. Dr Emmou Sylvestre recadre sèchement Cissé Ibrahima Bacongo

Dans une réponse officielle adressée au ministre-gouverneur Cissé Ibrahima Bacongo, la mairie de Port-Bouët affirme n’avoir joué aucun rôle dans les opérations de déguerpissement menées sur son territoire. Elle dénonce une tentative du District de l’associer à ces actions, critique les méthodes employées, qu’elle juge contraires à une « politique à visage humain », et défend son choix de la régularisation et de la restructuration des quartiers précaires plutôt que des démolitions systématiques. La municipalité appelle également à une meilleure concertation entre le District et les communes et réitère sa solidarité envers les populations affectées par les déguerpissements.


RÉPONSE À VOTRE COURRIER N°0085/2026 /DAA/CAB/apa

Monsieur le Ministre-Gouverneur,

J’ai l’honneur d’accuser réception de votre correspondance ci-dessus référencée relative à vos opérations de déguerpissement à Port-Bouët, et qui a fait, ipso facto, l’objet d’une publication sur vos pages digitales facebook : Bacongo Community, Team Bacongo…

En retour, je voudrais par la présente, Monsieur le Ministre-Gouverneur, marquer mon étonnement et mon indignation face à vos tentatives vaines de m’associer à vos opérations unilatérales de déguerpissement que vous qualifiez vous-même de « sale boulot, de sale job » sur votre page officielle facebook « Cissé Ibrahima Bacongo » en date du 22 juin 2026.

En effet, en réponse à un courrier de la Mairie et vous fondant en excuses pour le retard accusé, vous affirmiez que le District avait mené de son seul chef « des opérations de déguerpissement » dans des quartiers de Port-Bouët, « à savoir Zimbabwé, Toviato ; Vridi Canal », voire au-delà, c’est-à-dire à Vridi Plage, Anlaya, Phare-Littoral et Cité mobile (cf N/Ref. : 0079/2026/DAA/CAB/apa).

À titre de rappel, Monsieur le Ministre-Gouverneur, à l’issue d’une réunion du Cadre Permanent de Concertation en début d’année 2024, vous avez rassuré tous les Maires que « les sites ne sont pas à démolir ou à déguerpir », mais que ceux-ci feraient l’objet d’un traitement spécifique en liaison avec les Directions techniques communales.

De même, lors d’un déjeuner de presse organisé à votre initiative le 16 janvier 2025 à l’Hôtel du District au Plateau, vous avez affirmé devant journalistes et à la face du monde que vous n’avez « pas eu besoin de l’avis du Maire pour casser l’Abattoir » et que vous n’avez « pas non plus eu besoin de son avis pour l’aménagement du site déguerpi ».

Alors, d’où vient-il que vous veuillez trouver absolument une complicité à ce que vous désignez vous-même de «  sale besogne » que vous avez acceptée de faire ? Comment comprendre votre obstination dans cette tentative de tordre le cou à l’évidence quand vos actes trahissent vos intentions et vos propos ? Ni les populations de Port-Bouët, qui nous connaissent et savent ce que nous sommes capables de faire ou pas, ni l’opinion publique nationale et internationale ne sauraient se laisser prendre à une telle forfaiture, à fort relent politique.

NON, Monsieur le Ministre-Gouverneur, au regard de ce que vous affirmez, le Maire de Port-Bouët n’est pas complice et ne sera jamais impliqué dans vos actions que vous qualifiez de sale besogne dans le District d’Abidjan :

– OUI, Monsieur le Ministre-Gouverneur, un déguerpissement de populations des sites à risque pour elles, peut être jugé de « sale besogne » parce qu’il se fait selon le mode opératoire qui est le vôtre, à savoir le mépris des souffrances des populations ainsi que des dispositions légales prévues à cet effet.

– OUI, Monsieur le Ministre-Gouverneur, un déguerpissement qui laisse sous des décombres des dizaines de milliers de familles, en période de grandes pluviométries et d’examen à grand tirage, est une « sale besogne ».

– NON, Monsieur le Ministre-Gouverneur, nous ne saurions partager votre « souci, votre respect ou la préservation de la dignité humaine ou de la vie tout court » en jetant dans les rues des milliers de familles sans ressources et sans mesure d’accompagnement.

– NON, Monsieur le Ministre-Gouverneur, nous ne saurions partager la « même vision de la gestion du bien commun » lorsque vous décidez de chasser des populations des sites qu’elles occupent depuis plus d’un demi-siècle, et les attribuer ensuite à des opérateurs économiques pour y construire des entrepôts sans aucun lotissement, sans permis de construire, sans enquête d’impact environnemental et social, et ceci à proximité de l’Hôpital Général et à l’entrée internationale d’Abidjan.

– NON, enfin, Monsieur le Ministre-Gouverneur, le Maire de Port-Bouët ne saurait partager la même « vision d’une Côte d’Ivoire, terre d’espérance » quand la simple évocation de votre nom déclenche la frayeur au sein des populations que nous sommes sensés gouverner et protéger.

Monsieur le Ministre-Gouverneur, la responsabilité voudrait qu’au constat des effets négatifs d’un acte posé, il vous soit louable de manifester de la compassion envers les populations victimes de ses exactions et de trouver des solutions à leur situation.

La Côte d’Ivoire est et demeure une terre d’espérance, c’est pourquoi les dirigeants que nous sommes devrions prendre en compte dans notre gestion quotidienne les réalités de tous les administrés, y compris celles des plus vulnérables.

Il est besoin de souligner qu’à Port-Bouët, le Conseil municipal, dès sa première mandature, en lieu et place des déguerpissements systématiques des quartiers en situation de précarité, que vous considérez comme des « zones de non-vie », a opté pour la régularisation et la restructuration.

Cette opération est menée sous la houlette du BNETD et sous le contrôle du Ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, aux fins d’améliorer les conditions de vie des populations et leur donner l’opportunité d’obtenir un titre foncier définitif de leurs parcelles.

C’est cela qu’on appelle une politique à visage humain. Le Projet-Pilote de la restructuration est porté à l’examen et à la signature du Ministre.

Par ailleurs, et Port-Bouët ne cessera de le mentionner, la collaboration entre les entités qui constituent notre Administration devrait fonctionner au regard des dispositions qui la régissent.

Un Ministre-Gouverneur ne saurait se substituer au Maire d’une Commune, mais plutôt travailler de concert avec lui à l’amélioration des conditions de vie des populations locales. C’est ce qui a justifié l’adhésion du Maire de Port-Bouët au Cadre Permanent de Concertation (CPC).

Mais, après coups, au regard des méthodes cavalières du District sur le cas du déguerpissement du quartier Abattoir, le Député-Maire a compris que par le CPC, le District voulait trouver un bouc émissaire, voire des complices à ses projets abscons. Il a donc attiré l’attention des autres Maires, puis suspendu sa participation à cette plateforme de concertation, dans l’intention de ne pas avoir à cautionner malgré lui, cette mascarade, car le District semblait déjà avoir décidé d’agir et s’en était donné les moyens logistiques et sécuritaires régaliens, y compris le soutien de forces parallèles privées illégalement armées. L’évidence de ce constat par les autres Maires serait la cause de la fin des travaux concertés de cette plateforme à ce jour.

Tout de même, la Mairie de Port-Bouët réaffirme sa constante sollicitation pour des rapports étroits et sincères avec le District d’Abidjan, et la tenue régulière des réunions du Conseil du District qui n’ont jamais eu lieu, afin de délibérer sur le budget et les actions majeures de développement des Communes qui composent le District. C’est à cela qu’elle a bien voulu inviter monsieur le Ministre-Gouverneur, par son courrier du 17 juin 2026.

La Mairie de Port-Bouët, chaque jour, réaffirme sa profonde compassion à toutes les victimes des déguerpissements à Port-Bouët, et demeure solidaire de l’émoi des populations déguerpies de Yopougon-Gesco, Attécoubé-Boribana, du Plateau, et d’Adjamé-Village. Elle appelle, de votre bienveillance, leur prise en charge rapide.

Je vous souhaite bonne réception de la présente et vous assure, Monsieur le Ministre-Gouverneur, de ma considération distinguée.

P/LE MAIRE et P/O

Le Directeur de Cabinet du Maire

LOKOUGNAN Fulbert

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