Innovation agricole: Dr Muriel OKOMA, l’Ingénieure ivoirienne qui transforme les graines d’hévéa en savon et biodiesel
Ce jeudi 9 juillet 2026, au Sofitel Hôtel Ivoire, l’équipe de Mediazine.ci a fait une rencontre aussi inopinée que particulière. Au stand du Centre National de Recherche Agronomique (CNRA), en marge de la cérémonie de clôture de la deuxième journée du groupe consultatif du Plan national de développement (PND) 2026-2030, nous avons échangé avec Dr Muriel OKOMA.
Madame Muriel OKOMA Epse YATTE est Ingénieure en Chimie industrielle et Docteur en Biochimie et Sciences des aliments au Centre National de Recherche Agronomique de Côte d’Ivoire.
Dans le cadre de recherches entamées en 2017, l’ingénieure ivoirienne a découvert que l’hévéa, en plus de produire du latex, génère également des graines contenant une amande riche en matières grasses. Cette amande renferme environ 40 % d’huile.

Partant de ce constat, le CNRA a mis au point une technologie permettant de produire de l’huile à partir des graines d’hévéa. Cette huile n’est pas comestible. En revanche, ses propriétés physico-chimiques lui confèrent un fort potentiel d’utilisation dans le domaine cosmétique.
L’huile d’hévéa a notamment été utilisée pour formuler du savon. Son indice de saponification est supérieur à 180, ce qui permet d’obtenir un savon particulièrement moussant.
En plus d’être dur et très moussant, ce savon possède des propriétés antimicrobiennes. De façon simplifiée, son utilisation contribuerait à lutter contre certaines affections cutanées telles que la dartre, la teigne ou encore certains boutons.

Mais les applications de cette huile ne s’arrêtent pas là. Elle possède également des propriétés physico-chimiques qui permettent son utilisation dans la production de biocarburant.
À partir de ces caractéristiques, le CNRA a développé un procédé de fabrication de biodiesel à base d’huile d’hévéa. Ce carburant est destiné aux moteurs diesel et non aux moteurs à essence.
Après transformation, l’huile d’hévéa permet d’obtenir un biocarburant pur, appelé B100. À partir de ce produit, différents mélanges avec le diesel conventionnel ont été réalisés, donnant naissance à plusieurs variantes de biodiesel, notamment le B20, le B40 et le B80.

Selon les travaux menés par les chercheurs, l’utilisation de ces différents biodiesels génère moins d’émissions de CO₂ que celle du diesel conventionnel, contribuant ainsi à la réduction de l’empreinte carbone.
Aujourd’hui, le CNRA recherche des partenaires et des bailleurs de fonds afin de passer à une production à grande échelle au bénéfice des consommateurs et, surtout, des producteurs d’hévéa.
« Désormais, nous disons à nos parents de ne pas laisser leurs graines d’hévéa au champ. En plus de vendre le latex, ils peuvent également vendre les graines ou les transformer eux-mêmes en produits dérivés », a expliqué Dr Muriel OKOMA au micro de Mediazine.ci avant d’ajouter: “Ces travaux ont été financés par la filière hévéa, l’APROMAC à travers le FIRCA que nous remercions.”

Longtemps considérées comme de simples déchets agricoles, les graines d’hévéa pourraient ainsi devenir une nouvelle source de revenus pour les producteurs ivoiriens grâce à cette innovation portée par le Centre National de Recherche Agronomique.
Franck Kouamé





