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Octobre Rose 2026: Le Prof. Adoubi Innocent alerte sur la progression du cancer et appelle à renforcer le dépistage précoce

Le cancer demeure l’un des plus grands défis sanitaires en Côte d’Ivoire. C’est le constat dressé par le professeur Adoubi Innocent lors de la conférence inaugurale marquant le lancement de la 8ᵉ édition d’Octobre Rose, organisée par les clubs Rotary Abidjan Cocody, Adjamé et Élite, le vendredi 2 octobre 2026, à l’hôtel Tiama, au Plateau.

D’entrée, le professeur titulaire en cancérologie à l’Université Félix Houphouët-Boigny et directeur coordonnateur du Programme national de lutte contre le cancer (Pnlc) a tenu à rappeler que le cancer ne se limite pas à une affection physique. « Le cancer n’est pas seulement une maladie physique. Il a également un impact psychologique majeur, aussi bien sur la personne atteinte que sur son entourage », a-t-il souligné.

Selon lui, lorsqu’une femme est confrontée à un cancer du sein, les conséquences peuvent affecter profondément l’équilibre familial, conjugal et social, d’où la nécessité d’un accompagnement global des patientes.

Abordant la situation mondiale, le cancérologue a indiqué que le cancer constitue aujourd’hui un véritable problème de santé publique. Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), une personne sur cinq développera un cancer au cours de sa vie.

Plus de 20 000 nouveaux cas enregistrés en 2024

En Côte d’Ivoire, les chiffres traduisent l’ampleur du phénomène. Le professeur Adoubi Innocent a révélé que le registre national des cancers a enregistré 20 402 nouveaux cas en 2024. Chez la femme, les cancers du sein, du col de l’utérus et colorectal figurent parmi les plus fréquents. Chez l’homme, les cancers de la prostate, du foie et colorectal occupent les premières places.

Le directeur-coordonnateur du Programme national de lutte contre le cancer a particulièrement attiré l’attention sur le cancer de la prostate, souvent diagnostiqué tardivement. La plupart des patients consultent à des stades avancés de la maladie, parfois avec des métastases osseuses qui compliquent considérablement les traitements. « Plusieurs études ont montré que lorsque ce cancer est détecté tôt, les chances de survie et la qualité de vie des patients sont nettement améliorées », a-t-il expliqué.

Le dépistage précoce, une arme décisive

Lors de son intervention, le spécialiste a insisté sur l’importance du diagnostic précoce dans la lutte contre les cancers.

Selon lui, les progrès réalisés en matière d’imagerie médicale, de chirurgie et de traitement offrent aujourd’hui davantage de possibilités thérapeutiques, à condition que la maladie soit détectée à temps. « Une tumeur de petite taille offre beaucoup plus de chances de guérison qu’un cancer découvert à un stade avancé », a-t-il fait remarquer.

Pour le conférencier, la sensibilisation des populations doit donc devenir un réflexe national afin d’encourager les consultations précoces et les examens de dépistage réguliers.

Des avancées contre le cancer du col de l’utérus

Le professeur Adoubi Innocent a également mis en avant les progrès enregistrés dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus, dont la principale cause est désormais connue : le papillomavirus humain (Hpv).

Grâce à la vaccination et au dépistage des lésions précancéreuses, il est désormais possible de prévenir l’apparition de cette maladie. L’Oms vise d’ailleurs à vacciner 90 % des jeunes filles, à dépister 70 % des femmes et à prendre en charge 90 % des patientes présentant des lésions précancéreuses ou un cancer déclaré.

Selon lui, certains pays sont déjà proches de l’élimination du cancer du col de l’utérus grâce à l’application rigoureuse de ces mesures de prévention.

En Côte d’Ivoire, des efforts importants sont entrepris, notamment à travers les campagnes de vaccination des jeunes filles âgées de 9 à 13 ans et le renforcement progressif des programmes de dépistage.

Cependant, a-t-il relevé, plusieurs obstacles subsistent, notamment les croyances erronées, la méconnaissance de la maladie et les difficultés d’accès aux structures de santé dans certaines localités.

Le cancer du sein, un défi majeur

S’agissant du cancer du sein, principal sujet de mobilisation durant Octobre Rose, le cancérologue a rappelé qu’il s’agit d’une maladie multifactorielle associant des facteurs génétiques et environnementaux.

Le tabagisme, la consommation excessive d’alcool, le surpoids, la sédentarité ou encore certaines habitudes alimentaires peuvent contribuer à augmenter les risques.

Toutefois, a-t-il précisé, le principal facteur de risque demeure l’âge. Avec le vieillissement, les mécanismes naturels de réparation des cellules deviennent moins efficaces, ce qui favorise l’apparition de cancers.

Face à cette réalité, le professeur Adoubi Innocent a exhorté la population à intégrer le dépistage dans ses habitudes de santé. « Aucune personne n’est totalement à l’abri », a-t-il averti.

L’accès aux soins, un défi à relever

Au-delà de la prévention, le directeur-coordonnateur du Pnlc a rappelé que le financement des soins constitue encore un défi majeur pour de nombreuses familles.

Le coût des examens diagnostiques, des bilans préopératoires et des traitements peut représenter une lourde charge financière pour les patients. Il a ainsi plaidé pour la poursuite des efforts engagés par l’État et ses partenaires afin d’améliorer l’accessibilité des soins et de réduire le reste à charge des malades.

Il a également appelé à une mobilisation collective contre le cancer. Selon lui, seule une action combinant sensibilisation, prévention, vaccination, dépistage précoce et amélioration de la prise en charge permettra de réduire durablement l’impact de cette maladie en Côte d’Ivoire.

Un message en parfaite adéquation avec l’esprit d’Octobre Rose, qui entend, cette année encore, renforcer la lutte contre les cancers féminins et promouvoir une culture de prévention au sein de la population.

Par Jean Bavane Kouika

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