Culture & Tourisme

TRIBUNE : pour une culture accessible à tous, pas seulement aux plus riches

La volonté de professionnaliser le secteur du spectacle est légitime. Mais l’instauration d’une licence d’entrepreneur du spectacle à un coût jugé excessif risque d’exclure les acteurs culturels indépendants.

Dans cette tribune, Marie-Hélène Costa appelle les pouvoirs publics à adapter cette réforme aux réalités du terrain afin de préserver une culture accessible, dynamique et ouverte à tous.

La culture ne peut pas être réservée à ceux qui disposent de moyens financiers considérables. La culture est un droit, un patrimoine commun, mais c’est aussi un levier de développement économique, social et éducatif.

En tant que directrice artistique et vice-présidente de l’association Abijazz, depuis de nombreuses années, je travaille aux côtés d’artistes, de techniciens, de producteurs et d’associations qui font vivre la culture ivoirienne. Je connais leurs difficultés, leurs sacrifices et leur engagement. Organiser un festival ou produire un concert demande déjà une énergie et des moyens considérables.

Cette nouvelle obligation risque d’anéantir les efforts accomplis. Et de décourager celles et ceux qui créent, innovent et investissent dans la culture avec passion.

Je comprends parfaitement la volonté de notre ministère de professionnaliser le secteur du spectacle. Notre secteur a besoin de règles, de transparence et d’un cadre juridique solide afin de protéger nos artistes, nos producteurs et le public. Cependant, une réglementation ne doit pas devenir un obstacle à la création. L’obligation d’obtenir une licence ne me choque pas. Mais le coût exorbitant qui nous est imposé constitue une barrière infranchissable pour la majorité des entrepreneurs culturels ivoiriens.

Derrière chaque spectacle, il y a des femmes, des hommes, des passionnés qui investissent leurs économies, prennent des risques. Et travaillent sans relâche pour faire vivre notre culture.

Qui pourra encore organiser un festival de quartier ?

Ou encore qui accompagnera les jeunes talents ? Et même qui permettra aux artistes émergents de monter sur scène si l’accès au métier devient réservé aux seules grandes entreprises disposant d’importants capitaux ?

La culture ivoirienne s’est construite grâce à des passionnés, des associations et des entrepreneurs qui ont commencé modestement. Beaucoup des plus grands événements culturels du pays n’auraient jamais vu le jour si leurs fondateurs avaient dû réunir une telle somme. Avant même d’organiser leur premier spectacle.

Oui à une licence, mais une licence adaptée aux réalités économiques de notre pays.

La culture est un investissement pour l’avenir de la Côte d’Ivoire. Elle crée des emplois, valorise notre identité et participe au rayonnement international de notre pays.

Une grande nation culturelle est celle qui permet aux talents de naître, de grandir et de réussir, pas celle qui leur ferme les portes avant même qu’ils aient commencé.

Marie-Hélène Costa
Directrice artistique et vice-présidente d’Abijazz

POUVOIRS MAGAZINE

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