Lezié Voli, chantre d’un communautarisme politique qui menace la cohésion sociale à Gohitafla ? (Contribution)
La mairie n’est pas un héritage familial, encore moins une propriété réservée à une communauté de villages
À l’approche des élections municipales de 2028, le débat politique s’invite déjà dans les conversations à Gohitafla. C’est tout à fait légitime. Les populations ont le droit de s’interroger sur l’avenir de leur commune, sur le profil de leurs futurs dirigeants et sur les critères qui devraient guider leur choix. Mais encore faut-il que ce débat démocratique repose sur des principes républicains et non sur des considérations identitaires susceptibles de diviser les populations.

Dans une récente publication datée de ce mardi 3 novembre 2026, l’activiste Lezié Voli connu pour ses sorties virulentes contre les cadres de la région de la Marahoué, affirme sans détour que le futur maire de Gohitafla devrait obligatoirement être originaire de l’un des dix-sept villages qui composent la commune. Il va plus loin en appelant les populations à se mobiliser pour « battre tous les futurs candidats hors de la commune », quelle que soit leur appartenance politique. Une position qu’il résume par cette formule particulièrement révélatrice : « À chacun sa place ».

Derrière cette revendication incendiaire présentée comme une défense des intérêts des populations autochtones se dessine une conception préoccupante de la citoyenneté, dangereuse non seulement pour la démocratie mais aussi pour la cohésion sociale : celle qui consiste à faire de l’origine géographique un préalable à l’exercice d’une responsabilité publique.
UNE VISION EXCLUSIONNISTE DE LA DÉMOCRATIE LOCALE
Il faut le dire tout clairement. Défendre la promotion des compétences locales est parfaitement légitime. Encourager les filles et les fils des dix-sept villages à s’engager dans la gestion de leur commune est même une démarche louable. Mais cette ambition devient problématique lorsqu’elle se transforme en volonté d’exclure systématiquement tous ceux qui ne sont pas originaires de ces villages.
La question fondamentale qui mérite donc d’être posée est : depuis quand le fait de ne pas être né ou originaire de l’un des dix-sept villages de Gohitafla constitue-t-il une incapacité à servir cette commune ?
Un citoyen qui réside à Gohitafla, y travaille, y investit, y élève ses enfants, participe à son développement économique et social, contribue à la vie associative et s’implique dans les difficultés quotidiennes des populations serait-il moins légitime qu’un autre simplement parce que son village d’origine se trouve ailleurs ?
La gestion d’une commune exige des compétences, une vision, une intégrité morale, une capacité de rassemblement et une connaissance réelle des préoccupations des populations. Elle ne saurait se réduire à un certificat d’origine villageoise.
GOHITAFLA APPARTIENT-ELLE EXCLUSIVEMENT À SES DIX-SEPT VILLAGES ?
La commune de Gohitafla est une entité administrative, économique et sociale dans laquelle vivent des femmes et des hommes aux parcours, aux origines et aux histoires diverses. Son développement est le fruit de contributions multiples.
Vouloir réserver la fonction de maire aux seuls ressortissants des dix-sept villages revient à établir une hiérarchie entre les citoyens vivant sur un même territoire. Cela revient à considérer que certains auraient naturellement vocation à diriger, tandis que d’autres devraient se contenter d’habiter, de travailler, de contribuer au développement et de payer leurs impôts sans jamais prétendre participer à la direction de la collectivité.
Une telle logique est dangereuse.
Elle entretient une distinction artificielle entre les populations dites de l’intérieur de la commune et celles considérées comme extérieures, alors même que la construction d’une communauté locale repose précisément sur la capacité à faire vivre ensemble des personnes différentes.
Il est d’autant plus paradoxal de tenir un tel discours dans une société ivoirienne dont l’histoire, les migrations internes et les brassages culturels ont largement contribué à façonner les territoires.
Le jeune département de Gohitafla ne peut prétendre au développement en cultivant simultanément la méfiance et l’exclusion à l’égard d’une partie de ses habitants.
L’ORIGINE VILLAGEOISE N’EST PAS UN TITRE DE PROPRIÉTÉ SUR LA MAIRIE
L’activiste PPA-CI, Lezié Voli, semble considérer que la mairie de Gohitafla revient prioritairement, voire exclusivement, aux ressortissants des dix-sept villages. Mais ce qu’il semble ignorer, c’est qu’une mairie n’est ni un patrimoine familial, ni un héritage coutumier, encore moins une institution appartenant à un groupe particulier.

Le maire est un élu local. Il tire sa légitimité du processus électoral et des règles qui encadrent les élections municipales.
En Côte d’Ivoire, les conditions d’éligibilité aux fonctions de conseiller municipal et de maire sont fixées par la législation électorale. Elles ne peuvent être remplacées par des critères d’exclusion définis unilatéralement par un homme frustré sur la base de l’appartenance à un village.
La volonté d’un activiste de l’opposition ne saurait, à elle seule, se substituer aux dispositions légales qui organisent la compétition électorale.
D’ailleurs, si l’on accepte le principe selon lequel seuls les ressortissants des villages composant une commune peuvent prétendre à sa direction, où s’arrête cette logique ? Faudrait-il demain réserver les fonctions de responsabilité aux seuls natifs d’un quartier, d’un canton ou d’une famille ? Faudrait-il considérer que celui qui a grandi ailleurs, mais qui a choisi de construire son avenir à Gohitafla, ne sera jamais véritablement des nôtres ?
C’est précisément cette logique de segmentation identitaire que les sociétés modernes doivent dépasser. Et Voli Lézié devrait le savoir, pour le bien de la population de Gohitafla.
LE PARADOXE D’UNE REVENDICATION QUI RISQUE DE DIVISER LES GOURO EUX-MÊMES
Un autre aspect de cette publication mérite une attention particulière.
Lezié Voli évoque explicitement les « personnes Gouro étrangères aux dix-sept villages » de la commune. Cette précision est importante, car elle montre que le débat ne porte pas uniquement sur la défense des populations autochtones face à des candidats d’autres communautés ethniques. Il introduit également une distinction entre les Gouro eux-mêmes, en fonction de leur village d’origine.
Autrement dit, même l’appartenance à la communauté culturelle Gouro ne suffirait plus à garantir une légitimité politique à Gohitafla.
Cette posture soulève elle aussi une question fondamentale. Jusqu’où ira-t-on dans la définition de ceux qui sont considérés comme suffisamment légitimes pour participer à la gestion de la commune ?
La communauté Gouro est historiquement constituée de liens culturels, de solidarités, de traditions et d’échanges qui dépassent largement les limites administratives d’une commune. Réduire cette identité à une frontière de dix-sept villages serait une lecture particulièrement réductrice de cette richesse. À force de vouloir distinguer les uns des autres, on finit par fragiliser les solidarités qui devraient constituer notre force collective.
LA COMPÉTENCE, LE PROJET ET L’INTÉGRITÉ DOIVENT PRIMER SUR L’ORIGINE
En 2028, les populations de Gohitafla auront besoin d’un maire capable de répondre aux défis de leur commune : développement des infrastructures, amélioration des services publics, assainissement, emploi des jeunes, autonomisation des femmes, développement économique, modernisation de l’agriculture, accès aux services sociaux de base et attractivité du territoire.
Ces défis ne demandent pas un maire dont le principal mérite serait d’être né dans l’un des dix-sept villages. Ils demandent un dirigeant compétent, visionnaire, intègre, disponible et capable de fédérer toutes les forces vives de la commune.
Qu’un candidat soit originaire de Gohitafla, de l’un des dix-sept villages, d’une autre localité de la région ou d’une autre partie de la Côte d’Ivoire ne devrait pas constituer, en soi, un motif d’exclusion.
Ce qui doit compter vraiment, c’est son attachement réel à la commune, son projet de société, son bilan, sa capacité à convaincre et surtout sa volonté de servir l’ensemble des populations sans distinction.
Il serait évidemment souhaitable que les filles et fils des dix-sept villages s’investissent davantage dans la vie politique et prennent toute leur place dans les instances de décision. Mais leur promotion ne doit pas passer par la disqualification systématique des autres citoyens. C’est évident, on ne construit pas une élite locale en dressant des barrières autour de la citoyenneté.
GOHITAFLA A BESOIN DE RASSEMBLEMENT, PAS DE FRONTIÈRES IDENTITAIRES
Le plus préoccupant dans cette prise de position demeure l’appel à une mobilisation collective destinée à faire barrage à tous les candidats considérés comme extérieurs à la commune, indépendamment de leurs compétences, de leurs projets ou de leur engagement. Une telle démarche risque d’installer durablement un climat de suspicion et de confrontation entre les populations.
La politique municipale ne doit pas devenir un terrain d’affrontement entre ceux qui seraient considérés comme les véritables propriétaires de Gohitafla et ceux qui seraient condamnés à n’en être que des habitants de seconde catégorie.
Il faut pouvoir défendre les intérêts des villages sans mépriser les autres composantes de la population. Il faut promouvoir les cadres locaux sans dévaloriser ceux qui viennent d’ailleurs. Il faut encourager la participation des autochtones sans transformer l’origine géographique en instrument de discrimination.
Le véritable leadership consiste à rassembler des personnes différentes autour d’un destin commun. Il ne consiste pas à leur rappeler sans cesse qu’elles ne viennent pas du même endroit.
EN 2028, QUE LE MEILLEUR PROJET L’EMPORTE !
À Lezié Voli et à tous ceux qui partagent cette vision exclusioniste, Gohitafla n’a pas besoin d’une politique de fermeture. Elle a besoin d’une politique d’ouverture. Cela est d’autant plus vrai quand on sait que Voli Lézié se réclamant pourtant de Gohitafla a été incapable de réunir à Gohitafla plus de deux personnes pour tenir un festival culturel dont il est l’initiateur.
La commune doit rester un espace où chaque citoyen remplissant les conditions légales peut nourrir l’ambition de servir la collectivité. Le choix final appartient aux électeurs, dans le respect des lois et des principes démocratiques. Les filles et fils des dix-sept villages ont naturellement le droit de briguer la mairie. Mais ils n’ont pas le monopole de cette ambition.
La mairie de Gohitafla ne doit être ni une récompense d’origine, ni une propriété villageoise, encore moins un territoire interdit à ceux qui ne seraient pas nés au bon endroit.
En 2028, le débat devrait porter sur les projets, les compétences, les réalisations, la vision et la capacité à servir. Gohitafla mérite mieux qu’une compétition fondée sur les origines. Elle mérite une compétition fondée sur le mérite.
Car au fond, la véritable question n’est pas de savoir de quel village vient le prochain maire, mais de savoir ce qu’il est capable de faire pour l’ensemble des habitants de Gohitafla.
Et si nous voulons réellement construire une commune forte, prospère et unie, nous devons avoir le courage de dépasser les frontières villageoises pour faire prévaloir l’intérêt général. Le repli identitaire ne doit pas prendre en otage le débat démocratique à Gohitafla. Non, monsieur Voli Moise!
Arnaud Brou





