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André Silver Konan : « Le véritable problème du football africain n’est pas le talent, mais le manque de professionnalisme »

Pour le journaliste André Silver Konan, les éliminations précoces de la majorité des sélections africaines ne relèvent ni de la malchance, ni de croyances mystiques, mais des faiblesses structurelles qui minent le football du continent. Il estime que seule la professionnalisation des championnats locaux, une culture de l’excellence et une gouvernance rigoureuse permettront aux nations africaines de rivaliser durablement avec les meilleures équipes du monde. En s’appuyant sur la domination des clubs marocains et égyptiens en compétitions africaines, il invite les fédérations à sortir du « bricolage » et à engager de véritables réformes.


Des neuf Nations africaines qualifiées en 16e de finale, seuls le Maroc et l’Égypte ont été admis en 8e de finale. Rien de surprenant. Le football, ce ne sont pas des sorciers d’Akradjo, ni un fétichiste ghanéen qui fait des prédictions hasardeuses, ni des talismans à la ceinture de joueurs sénégalais, encore moins des palabres dans le sport au Cameroun, de la rumba congolaise ou le charme des supportrices cap-verdiennes.

Le football, c’est l’exigence de professionnalisation des championnats locaux.

Tout part de là. La Côte d’Ivoire a bâti son équipe sur des joueurs professionnels, pour la plupart, détectés par le sélectionneur, directement en Europe, sans avoir été révélés en championnat national, auparavant.

Le niveau du football local va jusqu’à dépeindre sur la capacité de progression des joueurs qui partent à l’international. Prenez l’exemple de Oumar Diakité et de Simon Adingra. Ils sont talentueux, certes, mais ils ne progressent pas à la dimension de leurs talents. Pourquoi ? Parce qu’ils ne travaillent pas assez. Comme la plupart des Ivoiriens. Comme la plupart des Africains. Je le répète constamment : c’est l’art de se contenter de peu.

En effet, la plupart des joueurs africains qui partent d’Afrique se comportent exactement comme le font les peuples dans leurs pays d’origine.

Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire qui fait vraiment son travail ? Je suis un homme d’affaires, je sais ce que je vis. Même un garçon de ménage, son ambition n’est pas de faire correctement le ménage, c’est de venir, le matin, au boulot, pour bénéficier du Wi-Fi.

Certaines filles de quartiers populaires ? Leur ambition se limite à rencontrer un homme riche ou bête (ou les deux à la fois) qui va s’occuper d’elles sans qu’elles n’aient à fournir le moindre effort.

De nombreux travailleurs au privé ne cherchent pas un travail, ils cherchent un salaire. La Fonction publique, n’en parlons même pas.

C’est cette mentalité qui nous pousse à aller manger dans des garbadromes insalubres, au motif que microbe ne tue pas Africain. Un journal peut annoncer la fausse m.0rt de la femme d’une personnalité, sans aucune précaution.

Quatre médecins auront quatre diagnostics différents, pour une même maladie. Un ministre pourra passer des années dans un gouvernement sans qu’une seule réforme soit associée à son nom et être primée par une ONG de son pays, comme le meilleur ministre d’Afrique.

Un électeur peut voter pour un élu qui, durant cinq ans, n’a posé aucun acte concret pour sa communauté, simplement parce que celui-ci est de son parti ou lui a remis, le seul jour de l’élection, un tee-shirt et 5000 FCFA.

Même dans nos églises et mosquées, les croyants les plus sincères sont surnommés Enfant Jésus ou Petit Mahomet. Non pas pour les magnifier mais pour les rabaisser et les marginaliser.

Bref. Nous normalisons la chute de compétences généralisée, autant que des valeurs. Et nos  fédérations sont à l’image de ce défaitisme généralisé, érigé en normes, dans nos pays.

Pourquoi sont-ce le Maroc et l’Égypte seuls qui sont qualifiés en 8e de finale ? La réponse est simple. Très simple. Évidente même. Regardons les vainqueurs des championnats de clubs africains.

2025 : Pyramids FC, club égyptien. 2024 et 2023 : Al Ahly SC, club égyptien.

2022 : WAC de Casablanca, club marocain.

2020 et 2021 : Al Ahly encore.

Aucun club sénégalais n’a jamais remporté de coupe d’Afrique des clubs. Au cours de ces dix dernières années, aucun club ivoirien, ghanéen, congolais, n’a remporté de coupe africaine. Seul Mamelodi Sundows d’Afrique du Sud a été sacré champion en 2016 et en 2026, durant cette période. A part cela, tous les autres vainqueurs sont d’Afrique du Nord.

Tant que les présidents de fédérations de football en Afrique seront des bricoleurs, ne rêvons pas, on nous accordera mille places au Mondial, nous serons vite éliminés et on dira toujours la même phrase qui cache notre incompétence insupportable, à développer un football sérieux dans nos pays : “Nous avons une équipe en construction”.

Franck Kouamé

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