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Assassinat de Lumumba en RD Congo: vers un procès en Belgique 65 ans après? Le parquet fédéral de Bruxelles est favorable

La famille de l’ex-Premier ministre congolais assassiné a expliqué, ce mardi 20 janvier, son espoir d’obtenir enfin “justice et vérité”, lors d’une audience judiciaire cruciale à Bruxelles, 65 ans après les faits. Le parquet fédéral soutient cette démarche. La chambre du conseil se prononcera le 17 mars sur l’opportunité d’un procès.

Nous sommes le 17 janvier 1961, dans la région sécessionniste du Katanga. Le premier chef du gouvernement de l’ancien gouvernement du Congo belge est exécuté avec deux de ses frères d’armes par des séparatistes. Des mercenaires belges sont présents. Quelques mois plus tôt, le père de l’indépendance du pays, est renversé par des militaires congolais proche du camp occidental et de la Belgique dont le colonel Mobutu Sese Seko, futur président de ce qui deviendra plus tard le Zaïre de 1965 à 1997. Il est arrêté le 2 décembre 1960 et humilié à l’aéroport de Kinshasa devant des caméras.

C’est le 30 juin 1960, jour de la déclaration d’indépendance, que Patrice Lumumba était entré finalement dans la légende. Patrice Lumumba répond au roi des Belges Baudoin par un discours dénonçant vivement le racisme des colons. “Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres”, déclare-t-il à Kinshasa lors de la cérémonie officielle marquant la naissance de la République démocratique du Congo. Ce discours en fait un héros des indépendances africaines, et suscite l’ire des anciens maîtres du pays. Le chef du gouvernement de ce jeune pays indépendant ne restera que deux mois au pouvoir.

Plus de 65 ans après les faits, un seul homme en Belgique peut encore répondre d’une éventuelle responsabilité pénale, parmi la dizaine de fonctionnaires, policiers ou agents de renseignements belges qui étaient visés initialement dans la plainte déposée en 2011 à Bruxelles par plusieurs enfants de la victime.

“Il n’est pas question de vengeance”

Une audience à huit clos s’est tenu à Bruxelles pour examiner une demande de renvoi devant le tribunal d’un homme d’affaires Étienne Davignon, 93 ans, ex-commissaire européen, stagiaire diplomate pour la Belgique à l’époque des faits. Il est le seul homme en Belgique qui peut encore répondre d’une éventuelle responsabilité pénale, parmi la dizaine de fonctionnaires, policiers ou agents de renseignements belges qui étaient visés initialement dans la plainte déposée en 2011 à Bruxelles par plusieurs enfants de la victime.

“Il n’est pas question de vengeance mais de soif de savoir. Des millions de personnes aimeraient connaître la vérité”, avait expliqué de son côté Roland Lumumba, père de Yema, joint par téléphone à Kinshasa il y a quelques jours. Souffrant, il n’a finalement pas fait le déplacement à Bruxelles, contrairement à son intention initiale, selon son entourage. “Nous ne pouvons pas remonter le temps (…), mais nous comptons sur la justice belge pour faire son travail et éclairer l’histoire”, a déclaré à l’AFP Yema Lumumba, 33 ans, une petite-fille de Patrice Lumumba.

Il est soupçonné notamment de “détention et transfert illicite” de Patrice Lumumba au moment où ce dernier avait été fait prisonnier, selon le parquet fédéral. Le parquet fédéral a demandé en 2025 son renvoi en procès devant le tribunal de Bruxelles.

L’homme d’affaires a toujours nié toute implication des autorités belges. Me Johan Verbist, qui défend Étienne Davignon, a refusé tout commentaire mardi avant l’audience. Actant la fin de l’instruction, la chambre du conseil du tribunal de Bruxelles devait entendre mardi matin les arguments des différentes parties avant de mettre sa décision en délibéré. Celle-ci sera susceptible d’appel.

Selon les avocats de la famille, cette audience fermée au public devait aussi permettre de nouvelles constitutions de parties civiles d'”une dizaine de petits-enfants” du héros de l’indépendance congolaise. Une forme de “passage de flambeau” à la génération suivante, selon l’un des avocats, Christophe Marchand. “Nos parents commencent à avoir un certain âge. C’est important pour nous de montrer que ce combat continue, que nous sommes là pour nous assurer qu’il soit mené jusqu’à la fin”, a renchéri Yema Lumumba, présente au tribunal avec cinq autres petits-enfants.

“Crime colonial majeur” 

Il y a quinze ans, la plainte initiée par les fils François et Roland Lumumba, s’appuyant sur les conclusions d’une enquête du Parlement belge, accusait diverses administration belges d’avoir pris part à “un vaste complot en vue de l’élimination politique et physique” du dirigeant congolais. Parmi la série de responsables initialement ciblés, l’apprenti diplomate Étienne Davignon, qui n’avait alors pas 30 ans, est soupçonné d’avoir été aux premières loges quand a été évoqué un projet d’arrestation de Lumumba. Selon le média Afrique XI, il était un des derniers témoins à avoir assisté à l’exécution de Patrice Lumumba.

“Avant l’assassinat, il y a une arrestation, un transfert, de la torture. Tout cela doit être jugé”, a ajouté Me Christophe Marchand devant la presse. “C’est un pas très important par rapport à la réparation d’un crime colonial majeur”. Dans le cadre de cette instruction pour “crimes de guerre”, la justice belge avait mis la main en 2016 sur une dent de Patrice Lumumba, restituée en 2022 à la République démocratique du Congo dans un cercueil, lors d’une cérémonie officielle à Bruxelles.

Les “excuses” de la Belgique

La dent avait été saisie chez la fille d’un policier belge, aujourd’hui décédé, ayant participé à la disparition du corps, après l’assassinat de 1961. Lors de la restitution, le Premier ministre belge de l’époque Alexander De Croo avait renouvelé les “excuses” déjà formulées par l’exécutif fédéral en 2002 pour sa “responsabilité morale” dans cette disparition.

Revenant sur les conditions de ce “terrible” assassinat, dans un Katanga sécessionniste refusant de reconnaître le nouveau pouvoir indépendant, Alexander De Croo avait pointé du doigt des responsables belges qui à l’époque “ont choisi de ne pas voir”, “de ne pas agir.” La justice belge se prononcera le 17 mars sur le renvoi d’Etienne Davignon devant un tribunal.

Avec TV5 Monde

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