International

Burkina Faso, Niger, Guinée équatoriale : Moscou consolide ses positions

Trois capitales africaines, trois séquences diplomatiques en huit jours. Entre le 20 et le 27 juin 2026, Ouagadougou, Niamey et Malabo ont multiplié les annonces traduisant un recentrage assumé sur la Russie, au détriment de leurs partenaires occidentaux historiques.

Ouagadougou consomme la rupture

Le 26 juin 2026, la junte burkinabè du capitaine Ibrahim Traoré, qui a pris le pouvoir depuis septembre 2022, a annoncé à la télévision nationale la rupture de ses relations diplomatiques avec un partenaire de longue date, la France. La décision formalise un divorce installé depuis plusieurs années. Elle s’inscrit dans une trajectoire revendiquée : depuis sa rencontre avec Vladimir Poutine près de Saint-Pétersbourg en juillet 2023, Traoré a consolidé une coopération militaire et économique avec la Russie, désormais centrale dans le dispositif sécuritaire du régime.

Niamey conditionne, Malabo brandit la réciprocité

À Cotonou, le 20 juin 2026, le ministre nigérien de l’Intérieur, le général Mohamed Toumba, a posé deux préalables non négociables à la réouverture de la frontière avec le Bénin, fermée depuis août 2023 : un accord de défense et un accord de sécurité, complétés par une cellule bilatérale de fusion du renseignement. Niamey, qui accueille depuis 2024 des instructeurs russes et a rejoint l’Alliance des États du Sahel, pilote désormais ses relations régionales à partir de son propre agenda sécuritaire.

Une semaine plus tard, le 27 juin, Malabo a contesté la mise en vente aux enchères de l’immeuble du 40-42 avenue Foch à Paris, propriété diplomatique selon les autorités équato-guinéennes, confisquée dans le dossier dit des « biens mal acquis » visant Teodorin Obiang, fils du président. La Guinée équatoriale, qui héberge depuis fin 2024 jusqu’à 200 instructeurs russes de l’Africa Corps (ex-Wagner) chargés de la garde présidentielle, brandit le principe de réciprocité et évoque une possible rupture diplomatique. Le même jour, le jeune Équato-Guinéen Daniel Ángel Masie Nchama, 22 ans, est rentré sain et sauf à Malabo après avoir été enrôlé de force par l’armée russe et envoyé combattre en Ukraine sur la base d’une fausse promesse d’emploi.

Moscou, dénominateur commun

Trois pays, trois calendriers, un même alignement stratégique. Le passif malien invite à la prudence : entre janvier 2024 et juin 2025, les forces armées maliennes et leurs supplétifs russes (Wagner puis Africa Corps) ont été mis en cause par ACLED (Armed Conflict Location & Event Data) dans plus de 1 440 victimes civiles, soit quatre fois plus que les attaques attribuées au JNIM sur la même période. Human Rights Watch documente exécutions sommaires, disparitions forcées de civils peuls et incendies de villages, tandis qu’une procédure a été ouverte en avril 2026 devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.

Les régimes qui font le pari de Moscou en tireront-ils un bénéfice concret pour leurs citoyens, ou s’enfoncent-ils dans la même impasse sécuritaire que Bamako ?

 

Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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