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Chronique: “Cette France que j’aime malgré tout” (Venance Konan)

J’écris cette chronique depuis Paris où je suis arrivé au lendemain de la défaite de la France devant l’Espagne. J’avais suivi le match dans la salle d’embarquement de l’aéroport et j’ai été malheureux pour la France, un pays pour lequel j’ai une profonde affection, malgré de liens très forts qui me lient également à l’Espagne.

Oui, je sais, « le politiquement correct » en ce moment sur notre continent est de détester la France. Mais je ne saurais m’y résoudre, parce que, même si mon passé avec la France est lourd de beaucoup de contentieux et de ressentiments, mon présent doit cependant beaucoup de choses positives à cette même France, et je sais que si nous construisons bien des choses ensemble, nos futurs respectifs seront bien meilleurs.

Bref, je suis arrivé à Paris le 15 juillet, en pleine canicule. Il y avait la forêt de Fontainebleau qui brûlait toujours, une affaire de pédophile qui défrayait encore une fois la chronique, avec la mort d’une enfant de 11 ans, et, du côté de Barbès, les milliers de candidats à « l’eldorado » français qui vivaient toujours dans de petites tentes, sous les ponts, en pleine ville.

J’ai été à « Château Rouge », un des endroits préférés de mon frère Roger, cette partie de Paris qui ressemble à s’y méprendre à Adjamé, avec des femmes qui vendent du maïs et de la banane braisés dans la rue, et les mêmes ordures un peu partout. Oh, Paris ne se résume pas à cela, loin de là. Il y a les beaux quartiers qui sont toute autre chose. Sur la place de la Concorde on était en train de démonter les installations qui avaient servi pour le défilé du 14 juillet.

J’ai retrouvé mon frère Waby Spider, et il m’a invité à déjeuner dans un restaurant de Saint Denis. La ville dont le maire récemment élu, s’appelle Bally Bagayoko, un élu du parti de Jean Luc Mélenchon, « La France insoumise » (LFI). Aïe ! Quelle haine cette élection d’un Noir n’avait pas déchaînée ? On a traité tous les Noirs de grands singes sur une des chaines de télévision françaises les plus regardées. J’avais à cette occasion publié une tribune dans la presse française intitulée « Fachos de tous bords, les grands singes vous disent merde ! »

Nombreux ont été les responsables politiques africains que ces propos ont choqués, mais qui, par respect pour la France, n’ont rien dit. Et moi, j’ai aimé Jean Luc Mélenchon pour avoir accepté d’avoir des gens comme moi sur les listes des candidatures de son parti aux différentes élections, ce qui avait valu à notre sœur Rachel Kéké, qui était juste bonne à tout faire dans un hôtel à Paris, d’être élue députée de la nation française.

La France ! Le pays s’apprêterait, si l’on en croit les sondages, à élire Marine Le Pen à sa tête. Madame le Pen a été récemment condamnée pour détournement de fonds publics, et de nombreux Français, tout comme de nombreux pays européens, amis de la France, se demandent comment on peut accepter la candidature de quelqu’un qui est accusé de détournement de fonds publics. Ils sont nombreux à rappeler que pour être un simple vigile dans n’importe quelle boîte, il faut avoir un casier judiciaire vierge.

Ils ne comprennent donc pas pourquoi pour la fonction suprême, on accepterait quelqu’un qui a été condamné par la justice de son pays. Mais d’autres répondent que, « si c’est la volonté du peuple français de vouloir élire madame Le Pen, on doit la respecter. » Tout le monde sent qu’il y a un malaise, avec la loi, avec la morale. Mais, comme il parait que malgré tout cela, madame Le Pen a toutes les chances d’être élue présidente de la république l’année prochaine, on a décidé de s’asseoir sur la morale. Je peux vous assurer que si elle est élue, ce ne sera pas la fête pour les Africains de France. Vous verrez revenir dare-dare tous vos parents partis en France dont vous aviez perdu les traces.

Aucun leader politique africain ou ivoirien ne s’est permis de donner son avis sur ce qui se passe en ce moment dans l’histoire politique de la France. Par courtoisie. Mais tous les leaders politiques français, quels que soient leurs bords et toute la sympathie que l’on peut avoir pour eux, se croient toujours obligés de nous donner des leçons sur ce qui se passe dans nos pays. Sans se dire qu’autant ils ont leurs réalités propres, autant nous avons les nôtres.

M. Mélenchon, autant j’ai de l’admiration pour vous, autant je ne vous reconnais aucun droit de dire ce que vous avez dit de mon pays.

Venance Konan

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