Côte d'Ivoire

Déguerpissements à Port-Bouët : la mairie répond sèchement au ministre-gouverneur Cissé Bacongo et rejette toute implication

Port-Bouët – La tension monte entre la mairie de Port-Bouët et le District autonome d’Abidjan au sujet des opérations de déguerpissement menées dans plusieurs quartiers de la commune. Dans un courrier officiel adressé au ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, Cissé Ibrahima Bacongo, la mairie de Port-Bouët exprime son « étonnement » et son « indignation » face à ce qu’elle considère comme une tentative de l’associer à des opérations qu’elle affirme n’avoir ni décidées ni cautionnées.

Signée par le directeur de cabinet du maire, Fulbert Lokougnan, agissant pour le compte du député-maire de Port-Bouët, la correspondance intervient en réponse à une lettre du District relative aux déguerpissements réalisés dans plusieurs quartiers de la commune, notamment Zimbabwé, Toviato, Vridi Canal, Vridi Plage, Anlaya, Phare-Littoral et Cité Mobile.

« Le maire n’est pas complice »

Dans son courrier, la mairie rappelle que le District a lui-même reconnu avoir conduit ces opérations « de son seul chef ». Elle s’étonne donc que le ministre-gouverneur cherche désormais à impliquer les autorités communales dans ces décisions.

Le document insiste sur le fait que le maire de Port-Bouët « n’est pas complice et ne sera jamais impliqué » dans ces opérations, que le ministre-gouverneur aurait lui-même qualifiées de « sale boulot » ou de « sale job » dans une publication sur ses réseaux sociaux en date du 22 juin 2026.

La mairie rappelle également qu’au cours des travaux du Cadre permanent de concertation (CPC) en 2024, le District avait assuré aux maires que certains sites ne seraient ni démolis ni déguerpis sans traitement spécifique en collaboration avec les services techniques communaux.

Une méthode vivement critiquée

Le courrier dénonce avec fermeté les méthodes employées lors des déguerpissements, estimant qu’elles ne tiennent pas suffisamment compte des conséquences humaines et sociales.

Selon la mairie, les opérations ont laissé « des dizaines de milliers de familles » sans abri, en pleine saison des pluies et pendant la période des examens scolaires.

Elle reproche également au District de procéder à des expulsions sans mesures d’accompagnement suffisantes pour les populations concernées et affirme ne pas partager une vision qui consisterait à déplacer des habitants installés depuis plusieurs décennies pour permettre, selon elle, l’implantation de projets économiques.

La mairie va plus loin en estimant que les opérations ont suscité une profonde inquiétude parmi les populations locales.

La restructuration plutôt que les démolitions

Dans sa réponse, la mairie de Port-Bouët défend une approche différente en matière d’aménagement urbain.

Elle indique avoir privilégié, depuis plusieurs années, une politique de régularisation et de restructuration des quartiers précaires plutôt que des déguerpissements systématiques.

Selon le courrier, cette opération est conduite sous la supervision du BNETD et du ministère en charge de la Construction afin d’améliorer les conditions de vie des habitants et de leur permettre d’obtenir des titres fonciers.

La mairie présente cette stratégie comme une « politique à visage humain », privilégiant l’intégration des quartiers plutôt que leur destruction.

Le fonctionnement du District remis en cause

Le document évoque également les relations institutionnelles entre la commune et le District autonome d’Abidjan.

La mairie estime qu’un ministre-gouverneur ne devrait pas se substituer aux maires dans la conduite des affaires locales, mais travailler en concertation avec eux.

Elle explique que c’est précisément dans cet esprit qu’elle avait adhéré au Cadre permanent de concertation avant de suspendre sa participation, considérant que cette plateforme ne favorisait plus un véritable dialogue.

Le courrier affirme que le District avait déjà arrêté ses décisions concernant les déguerpissements avant les consultations et évoque même l’utilisation de moyens logistiques, sécuritaires ainsi que de « forces parallèles privées illégalement armées », des accusations particulièrement graves formulées dans cette correspondance.

Un appel au dialogue et à la prise en charge des victimes

Malgré la fermeté de son ton, la mairie de Port-Bouët réaffirme sa volonté de maintenir des relations institutionnelles avec le District autonome d’Abidjan.

Elle appelle notamment à la tenue régulière des réunions du Conseil du District afin de débattre du budget et des grands projets concernant les communes du District.

Enfin, la municipalité exprime sa compassion envers les personnes affectées par les différentes opérations de déguerpissement à Port-Bouët, mais également celles de Yopougon-Gesco, Attécoubé-Boribana, du Plateau et d’Adjamé-Village, tout en invitant les autorités à mettre rapidement en place des mesures de prise en charge en faveur des populations sinistrées.

À ce stade, le District autonome d’Abidjan n’a pas encore réagi publiquement à cette correspondance.

Rosine Kouadio

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