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Guerre en Iran : Pourquoi Poutine se fait si discret après les frappes en Iran et la mort de Khamenei

Le président russe n’a « ni l’envie, ni les moyens » de venir en aide à son allié iranien, explique au « HuffPost » Lukas Aubin, chercheur à l’Iris spécialiste de la géopolitique de la Russie.

Encore des mots, toujours des mots… Mis en sérieuse difficulté par les attaques israélo-américaines, le régime iranien ne peut pas vraiment compter sur l’appui de la Russie, avec laquelle il est pourtant allié. En réponse aux frappes contre la République islamique débutées le samedi 28 février, Vladimir Poutine s’en est tenu à des communiqués de désapprobation.

Avant d’appeler lundi à un « cessez-le-feu immédiat », le président russe avait dénoncé dimanche la mort du guide suprême Ali Khamenei, la qualifiant de « violation cynique » de la « morale et du droit international » dans une lettre au président iranien Masoud Pezeshkian. C’est mieux que rien pour Téhéran, mais pas grand-chose non plus, un an seulement après l’invitation du même Masoud Pezeshkian à Moscou.

En janvier 2025, le chef d’État iranien était venu signer un « partenariat stratégique » avec Vladimir Poutine, à quelques jours de l’investiture de Donald Trump. Très commentée, leur poignée de main tout sourire devant les photographes semble bien loin désormais. Le HuffPost fait le point sur les raisons qui peuvent pousser le Kremlin à jouer la carte de la discrétion, quitte à laisser son allié en difficulté.

  • La Russie reste avant tout une « puissance opportuniste »

Pas de doute, les attaques et la déstabilisation de l’Iran sont « une mauvaise nouvelle pour Moscou », souligne Lukas Aubin, docteur en études slaves et chercheur à l’Iris. Avec la chute de Nicolas Maduro au Venezuela et de Bachar al-Assad en Syrie, « les alliés de la Russie hors de son espace d’influence habituel et post-soviétique commencent à s’éteindre les uns avec les autres », explique au HuffPost ce spécialiste, auteur d’une Géopolitique de la Russie (La Découverte).

Pour autant, le Kremlin reste « une puissance opportuniste capable de nouer de nouveaux partenariats, analyse-t-il, l’objectif principal est de trouver des alliés qui soient contre l’ordre international chapeauté par les États-Unis ou l’Occident au sens large ».

« L’axe Téhéran-Moscou, et plus largement l’axe Téhéran-Moscou-Pékin, reste une alliance de circonstance plus qu’un axe idéologique », insiste Lukas Aubin, qui souligne la différence avec la Guerre froide où la Russie était liée à beaucoup de ses alliés par le communisme.

  • Poutine est accaparé par la Guerre en Ukraine

L’ensemble des spécialistes interrogés dans la presse depuis lundi s’accordent à dire que Vladimir Poutine n’aidera pas l’Iran car sa préoccupation principale reste l’Ukraine, où la guerre dure depuis quatre ans. « Il a d’autres chats à fouetter, la majorité de ses moyens sont concentrés là-bas », appuie Lukas Aubin. « Au-delà des mots et des échanges économiques, Moscou n’a ni l’envie, ni les moyens de soutenir l’Iran face à la puissance américaine », résume-t-il.

Le chercheur voit dans la situation iranienne un coup de plus porté à « la puissance de l’imaginaire » prônée par Vladimir Poutine. Le président russe, qui « gonfle les plumes » avec de « gros coups diplomatiques », voit ses discours se heurter au réel. L’incapacité matérielle du Kremlin à venir aider Téhéran a aussi été relevée par Jean de Gliniasty, ex-ambassadeur de France en Russie cité par Le Parisien. « Les Russes sont totalement absorbés par la guerre en Ukraine, ils n’ont pas les moyens d’une aide massive », a-t-il affirmé.

Le constat est d’autant plus sévère qu’il intervient peu après l’enlèvement de Nicolas Maduro. Le président russe a échoué « deux fois en deux mois » dans « son rôle de sauveur », résume Alexander Baunov, expert au centre Carnegie, dans un article publié sur le site de l’organisation atlantiste. D’après lui, le coup porté à Téhéran place la Russie dans une situation d’autant plus « difficile » qu’il arrive dans une région du monde que Moscou considère comme son « hémisphère ».

  • La hausse du baril de pétrole est bénéfique aux Russes

L’autre argument en faveur d’une discrétion russe est économique : la guerre en Iran et la fermeture par les Gardiens de la Révolution iraniens du détroit d’Ormuz – où transite entre 20 et 30 % du pétrole mondial – ont fait monter le prix du baril. En cas de blocage des exportations depuis les pays du Golfe, le pétrole russe pourra s’imposer comme une alternative.

De nombreux observateurs estiment que le conflit va bénéficier économiquement à Moscou, puisque le resserrement de l’offre mondiale pourrait pousser des pays comme l’Inde ou la Chine, qui captent déjà près de 80 % du pétrole russe exporté, à accroître encore leurs achats. De quoi offrir « une année budgétaire tranquille » à Vladimir Poutine, résume Jean de Gliniasty auprès du journal francilien.

  • Une volonté de ménager Trump ?

La stratégie de la discrétion peut aussi être un moyen pour Vladimir Poutine de ménager Donald Trump, relève Sam Greene, un enseignant spécialiste de la politique russe au King’s College de Londres. « Son arme la plus puissante dans [le conflit ukrainien] a été la volonté et la capacité de l’administration Trump à faire pression sur les Ukrainiens et les Européens, a-t-il exposé à Politico, il n’a donc absolument aucune raison de renoncer à cette arme. »

Interrogé par Le HuffPost sur une possible volonté russe de ne pas froisser Donald Trump, Lukas Aubin tempère. « C’est difficile à dire », assure-t-il, rappelant qu’« il y a eu plusieurs moments de tensions » entre le président américain et son homologue russe depuis son retour à la Maison Blanche. « Ils n’ont pas hésité à être virulents l’un vis-à-vis de l’autre, appuie le chercheur à l’Iris, rien ne permet d’exclure que Vladimir Poutine serait allé plus loin s’il en avait eu la possibilité ».

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