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Niger : le géant chinois CNPC sous pression à Agadem

Depuis le 25 septembre 2026, du pétrole brut et du gaz s’échappent du puits Goumeri W8, dans le bloc d’Agadem, à l’est du Niger. Plus de deux semaines après le début de l’incident, le site exploité par CNPC Niger Petroleum, filiale du groupe public chinois China National Petroleum Corporation, restait partiellement hors de contrôle. Niamey parle d’un incident environnemental d’une gravité « exceptionnelle » et une enquête doit désormais établir les responsabilités.

Agadem : le site du groupe chinois toujours en difficulté

Selon le ministère nigérien du Pétrole, le brut et le gaz ont été projetés à plus de dix mètres de hauteur. Si aucun décès n’a été déclaré, deux employés ont été blessés et hospitalisés.

La plateforme commune aux puits W8, W3 et W4 a subi d’importants dégâts. Des digues, des tranchées et des bassins ont été aménagés pour tenter de contenir le pétrole.

Niamey écarte pour l’instant les pistes criminelle et terroriste. Une enquête indépendante, avec l’appui d’experts algériens, doit toutefois déterminer les causes de l’éruption et établir d’éventuelles défaillances dans l’exploitation du site.

CNPC : un opérateur public chinois sous surveillance

L’incident a commencé le 25 septembre mais le gouvernement nigérien n’en a communiqué publiquement les détails que le 12 octobre.

Les informations disponibles ne permettent pas d’affirmer que CNPC a caché l’accident aux autorités. Mais près de trois semaines d’éruption posent une question autrement plus concrète : pourquoi l’opérateur n’a-t-il pas réussi à reprendre rapidement le contrôle d’un puits situé au cœur d’une zone stratégique pour la production pétrolière nigérienne ?

À ce stade, CNPC n’a pas publiquement détaillé les causes de l’accident, ses propres défaillances éventuelles ni les mesures qu’elle compte financer pour restaurer le site.

Au Tchad, CNPC avait déjà été sanctionnée

L’épisode nigérien rappelle un précédent lourd pour le groupe chinois.

En 2013, le Tchad avait suspendu les activités de CNPC après des accusations de violations environnementales liées à ses opérations pétrolières. L’année suivante, le groupe avait accepté de verser 400 millions de dollars dans le cadre du règlement du différend.

Si ce précédent ne prouve rien à Agadem, il fragilise néanmoins l’image d’un opérateur déjà confronté, dans le Sahel, à des accusations portant sur ses pratiques environnementales.

Les populations de Diffa face aux risques

Le Groupe de réflexion et d’action sur les industries extractives au Niger alerte sur les risques pour les sols, l’eau, les pâturages et les troupeaux.

Pour les habitants de cette région pastorale, l’enjeu va plus loin que la simple reprise de la production. Si une contamination durable est confirmée, la question sera de savoir qui paiera réellement la remise en état des terres et les éventuelles pertes subies par les communautés locales.

Le gouvernement promet l’application de la réglementation. CNPC, elle, devra montrer que l’exploitation du pétrole nigérien ne se fait pas au prix d’une facture environnementale laissée aux populations.

À Agadem, l’enquête devra désormais établir non seulement ce qui a provoqué l’éruption, mais aussi jusqu’où va la responsabilité du géant pétrolier public chinois.

Fleur Kouadio

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