Le Scoop

Inondations à la Riviera Palmeraie: après plus de dix ans de calvaire, l’État révèle enfin les véritables blocages du problème public longtemps resté incompris.

Chaque saison des pluies ramène son lot d’inquiétudes pour les habitants de la Riviera, particulièrement dans la zone de la Rue Ministre, devenue au fil des années l’un des symboles des inondations récurrentes à Abidjan. Depuis plus d’une décennie, les populations s’interrogent : pourquoi ce problème persiste-t-il malgré les nombreux travaux entrepris ?

Invité de l’émission NCI 360 ce dimanche 31 mai, Monsieur Ahou Konan, Directeur du Suivi de l’Exploitation et de la Qualité à l’Office National de l’Assainissement et du Drainage (ONAD), a apporté des explications inédites qui permettent de mieux comprendre les obstacles rencontrés par les autorités.

Un projet initial bloqué par l’urbanisation

Selon le responsable de l’ONAD, la solution technique initialement retenue consistait à construire trois barrages de retenue en amont de la Rue Ministre. Ces ouvrages devaient permettre de ralentir et de stocker temporairement les eaux de pluie avant leur arrivée dans les zones habitées.

« Lorsqu’on réalise ce type de barrage, on crée en amont une zone d’inondation contrôlée qui peut couvrir plusieurs hectares », a-t-il expliqué.

L’objectif était simple : réduire considérablement le débit des eaux qui descendent vers la Riviera et éviter les inondations en aval. Un premier barrage a effectivement été construit derrière le nouveau camp militaire d’Akouédo. Mais les deux autres n’ont jamais vu le jour.

Le coût des indemnisations : un obstacle majeur

La raison est essentiellement foncière. Les terrains destinés à accueillir ces futurs barrages sont aujourd’hui occupés par des habitations dont les propriétaires disposent de titres fonciers définitifs. Face à cette situation, l’État a commandité une étude afin d’évaluer le coût d’une éventuelle expropriation pour cause d’utilité publique.

Les résultats ont été sans appel.

Alors que le coût de réalisation des ouvrages était estimé à environ 10 milliards de FCFA, les indemnisations des propriétaires concernés auraient nécessité plus de 100 milliards de FCFA.

« Mobiliser 10 milliards FCFA pour réaliser un projet est déjà un effort important. Mobiliser plus de 100 milliards pour indemniser des occupants représente un défi encore plus grand », a souligné M. Ahou Konan.

Cette révélation explique en grande partie pourquoi le projet est resté bloqué pendant de nombreuses années.

Une nouvelle solution technologique retenue

Face à l’impossibilité économique et sociale de procéder à des déguerpissements massifs, les autorités ont dû explorer d’autres alternatives. Les études ont conduit à l’adoption d’une technologie innovante appelée « travaux sans tranchée ».

Cette technique permet de réaliser de grands ouvrages souterrains sous les zones urbanisées sans détruire les constructions existantes ni déplacer les populations.

Le futur système prévoit la captation des eaux pluviales au niveau de l’ancien site Blue Rock, avant leur acheminement vers la lagune à travers un vaste réseau souterrain.

Les eaux provenant notamment de Saint-Viateur, Bessikoi et des quartiers environnants seront ainsi interceptées avant d’atteindre les zones les plus vulnérables de la Riviera.

Des travaux attendus sur le terrain

Selon le Directeur du Suivi de l’Exploitation et de la Qualité de l’ONAD, le ministère en charge de l’Assainissement a déjà confié le projet à un opérateur international spécialisé dans ce type de travaux. Toutefois, les interventions sur le terrain n’ont pas encore commencé.

Les équipes sont actuellement engagées dans les études techniques et les activités préparatoires nécessaires au lancement effectif du chantier.

Une explication attendue depuis longtemps

Pour de nombreux habitants de la Riviera, ces déclarations constituent enfin  l’une des explications les plus détaillées jamais fournies sur un dossier qui suscitait incompréhension et même frustration depuis plus de dix ans. Elles mettent en lumière un problème souvent méconnu du grand public qui est les défis fonciers et financiers qui peuvent parfois freiner des projets pourtant jugés indispensables à la sécurité des populations.

Reste désormais à savoir si la nouvelle solution technique annoncée par Monsieur Ahou Konan permettra enfin de mettre un terme aux inondations non maitrisée de cette zone de Cocody qui continuent, chaque année, de menacer les biens et les vies.

Arnaud Brou

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